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B.a.-ba. de Maçonnerie à l'usage des apprentis et des éternels apprentis
- 1ère Partie -

Nous allons donc nous livrer ce soir devant vos yeux ébahis à une opération alchimique rare, celle de la coagula maxima. Nous allons en effet tenter de réduire plusieurs siècles de Maçonnerie, d’une complexité extraordinaire, en juste deux petites conférences.

Réduire, réduire, réduire... le but était d’arriver à extraire un concentré qui puisse aider nos frères apprentis dans leur cursus, un minimum de bases indispensables.
Mais quand on y regarde de près, ce minimum de base est en fait énorme.
Il a fallu faire des choix. Je les assume.

Nous allons commencer par un abrégé d’histoire maçonnique.

On se dit alors que si l’on veut connaitre les origines de la FM, et bien il suffit de se reporter aux anciens devoirs, aux « Old Charges » britanniques.
Oui, parce que je vous le dit d’avance, la maçonnerie, c’est britannique. Que ça plaise ou pas, à la base, la Maçonnerie, c'est britannique. Et c’est très important à savoir ça. Bien sûr la Maçonnerie est aussi devenue française, continentale, américaine... mais à la base elle est britannique. Et si l'on ne comprend pas ça, et bien il y a plein de chose que l’on ne comprendra pas.
Regardez, un exemple tout simple, presque un détail. Voilà j’ai un maillet entre les mains (le Frère PR a entre les mains le maillet du vénérable)... la plupart des maçons croient que ce maillet est un outil de travail. Non ce n’est pas un outil de travail, il s’agit simplement d’un instrument de pouvoir, le même que celui qu'utilisent les juges (c'est un « gavel » pas un « maul »). En fait dès qu’il y a plus de deux anglais réunis... il y en a un qui prend un maillet pour dire que c’est le chef. C’est comme ça que ça marche, c’est comme ça que ça se passe sur les îles britanniques....
Et donc forcément si on ne sait pas ça, on ne pourra on ne pourra effectivement jamais interpréter ce que représente réellement le maillet que j'ai entre les mains, on le confondra avec les autres maillets, maçonniques , qui sont eux des maillets de travail. C’est un exemple, mais c’est un exemple qui est, je pense, très révélateur.


Donc, pour connaitre les origines de la maçonnerie, c’est simple... les anciens devoirs, c’est-à-dire le Regius 1390, le Cooke et puis les Constitutions d’Anderson, dans leur partie historique que jamais personne ne regarde en général, parce que l’on ne connait que la petite partie des règlements.
Alors, que nous disent ces Constitutions d’Anderson ?
On y apprend que déjà Adam était déjà un excellent géomètre. Qu’il enseigna lui-même la Géométrie à ses fils. On y voit ensuite que Noé et ses 3 fils, Japhet, Sem, Cham, tous vrais maçons, préservèrent la Maçonnerie du déluge. On apprend aussi que l’Art Royal fut apporté en Egypte par Misraïm, le second fils de Cham. Abraham aussi avait apprit la Géométrie bien évidement, et la transmit avec soin à Ismaël et à Isaac. Ces Constitutions d’Anderson nous révèlent que « les Israelites en quittant l’Egypte formaient un entier Royaume de maçons, très instruits, sous la direction de leur Grand Maitre Moise ». Je passe sur Salomon qui construisit le premier Temple, ça c’est facile... ou sur Zorobabel qui construisit le second, puis Pythagore qui jeta les fondements de la Maçonnerie...
On retrouve même Charles Martel comme défenseur de la Maçonnerie.

Alors, j’en vois certains qui sourient...
Pourtant, je dois vous dire que tout cela est de la plus haute importance. Parce qu’en fait c’est la Légende qui est la plus importante. La Maçonnerie véhicule des légendes qui sont le terreau de ses enseignements. Vous me connaissez comme fervent défenseur d'une approche historique raisonnée et objective de la Maçonnerie. Pourtant, je n'oublie pas qu'en fait c’est la Légende qui est la plus importante. L’Histoire ne sert qu’à éclairer la Légende et la comprendre. C’est un élément qu’il ne faut jamais oublier.

Mais revenons à une histoire plus... historique, ou supposée telle.

Dès qu’on va vous parler de Maçonnerie, va ressortir une date : 1717...
1717, c’est la naissance de la Franc Maçonnerie spéculative ! C’est ce que vous allez entendre partout !

Alors déjà, il y a un élément qui me gène ... C’est cette opposition que vous verrez souvent faire entre les opératifs, c’est-à-dire ceux dont la maçonnerie était le métier et puis les spéculatifs, c’est-à-dire nous qui utilisons le symbolisme maçonnique comme support à une réflexion... spéculative.
Le problème, dans cette dichotomie, c'est qu'elle omet de relever le fait que ces opératifs étaient aussi des spéculatifs. Pour la plupart d'entre nous, nous ne sommes, nous, que spéculatifs, et pas des opératifs ! En tous les cas moi le dimanche j’avoue que je ne suis pas très opératif... il y a des témoins ! Je pense qu’il serait mieux de parler de Maçonnerie moderne et de ne jamais perdre de vue que ces maçons opératifs étaient aussi des spéculatifs qui, ne l'oublions pas, vivaient leur métier et leur vie dans une spiritualité constante, et la dessus on a énormément d’exemple.

Mais revenons à ce 24 juin 1717, dont on vous dira qu’il s’agit de la naissance de la Franc Maçonnerie spéculative moderne. Que s’est-il donc passé ce jour là ?

Ce jour là, se sont réuni dans une taverne qui s’appelle The Goose and Gridiron, c’est-à-dire l’Oie et le Gril, 4 loges : la loge appelée « L’Oie et le Gril », la loge « La Couronne », la loge « Le Pommier » et la loge « Le Gobelet et les Raisins ». Ce sont des noms qui peuvent paraitre aujourd'hui un peu étranges pour des loges mais en fait ce sont des noms de tavernes. Parce que souvent à cette époque, la loge prenait le nom de l’endroit où elle se réunissait et la plupart du temps elles se réunissaient dans des tavernes.

Alors, ce qui est étonnant à voir c’est que de ces 4 loges, 3 ont moins de 4 ans d’existence, si ce n'est encore moins. La plus vieille, « L’Oie et le Gril » n’a elle-même que 26 ans d’existence ... Et, chose que l’on sait aujourd'hui, mais que l’on vous dit rarement, c'est que la salle où ces 4 loges se sont réunies pour former la Grande Loge qui va révolutionner la Maçonnerie, cette salle n'avait que 28 m² de superficie ! (On dispose de tous les plans de la Taverne de L Oie et le Gril de cette époque et la plus grande salle ne faisait que 28m2»

En fait, ce 24 juin 1717, il ne s'est pas passé grand chose de révolutionnaire pour la maçonnerie, si ce n'est l'introduction du concept de Grande Loge. D’ailleurs il ne s’est pris qu’une seule décision... c’est de se réunir l’année suivante !

Non, le véritable évènement qui se produit en ces années-là (1718/19 ?), c’est l’arrivée d’un homme : Jean Théophile Desaguliers. Et avec lui, celle d'hommes très influents, très importants, qui vont protéger, développer, transformer la Maçonnerie.

Dès 1721, le Duc de Montagu, l'un des hommes les plus riches et des plus puissants d’Angleterre, va devenir Grand Maitre de cette nouvelle Grande Loge de Londres et de Westminster, puisque telle était sa dénomination au départ (Elle ne deviendra Grande Loge d’Angleterre que plus tard et Grande Loge Unie d’Angleterre qu’après, mais nous en reparlerons …)

Le véritable moment de transformation de la Maçonnerie se situe vraissemblablement en ces moments !

S’il n’y avait pas eu un Jean-Théophile Desaguliers pour transformer cette Maçonnerie, et bien elle ne serait certainement pas arrivée de cette façon jusqu’à nous.

Jean-Théophile Desaguliers, est un personnage considérable à l’époque. C’est un scientifique, il a eu 3 fois la médaille Copley, ce n’est pas rien, c’est la médaille qu’ont eu Darwin, Kelvin, Niels Bohr, Benjamin Franklin... C’est un scientifique de haut niveau. C’est l’ami de Newton qui lui-même à l’époque une véritable star. Desaguliers est le démonstrateur quasiment officiel des expériences de Newton. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il va avoir 3 fois cette médaille de Copley.
Il est membre de la Royal Society et le moins que l'on puisse dire est que cette nouvelle société scientifique et les hommes qui la composent ont eu une influence capitale dans la mise en place de cette « nouvelle maçonnerie ». Mais nous aurons l'occasion d'y revenir une autre fois...

Desaguliers apporte à la Maçonnerie beaucoup de chose... son intelligence tout d'abord, mais aussi son carnet d’adresse ! Et puis une certaine volonté de disposer d’un outil permettant de diffuser « les nouvelles idées » qui naissent à cette époque en Angleterre.
Il devient Grand Maître en 1719. On a d’ailleurs aucune trace de son initiation. Il déboule comme une comète dans la Maçonnerie. Et c'est lui qui va prendre en main les destinées de cette petite loge qui deviendra grande. Il sera ensuite député Grand Maitre en 1723 et 1725 et son influence durera longtemps.
C’est lui qui va commissionner le Révérend James Anderson. Beaucoup voient dans Anderson un personnage central et important. Bien sûr il est important, il amène beaucoup de choses, mais il n’est que la plume, que le bras de Desaguliers.

Desaguliers l’a choisi pour ses origines écossaises, parce que James Anderson est écossais, il vient d’Edimbourg et d’ailleurs en 1721, la première chose que fera Desaguliers, c’est d’aller visiter une loge à Edimbourg, et pas n'importe laquelle puisqu'il s'agit de celle qui porte aujourd'hui encore le N°1 : Mary’s Chapel ...

Pourquoi est-il allé là-bas  ?

Et bien il est allé là-bas, parce qu'il sait bien que l'Ecosse tient un rôle très important dans cette maçonnerie de l'époque et qu'il est nécessaire de s'y faire reconnaître et de tisser des liens avec les écossais. Parce que, les travaux de Stevenson, qui est un historien écossais non maçon, l’on montré les sources de la Maçonnerie pourraient bien être écossaises, voire Irlandaises, mais pas vraiment anglaises. (Je précise au passage que nous avons sur nos colonnes, tout à fait là-bas au bout un frère qui connait bien tout cela puisqu'il est simplement l’excellent traducteur de Stevenson...)

Alors bien sûr on nous parle de la Compagnie des Maçons de Londres, qui avait effectivement une acceptation. C’est-à-dire qui recevait des non-maçons, qui étaient souvent des protecteurs du métier. Mais il faut bien avouer que nous n'avons pas beaucoup plus d'éléments sur cette acceptation... Je veux souligner ici que Londres n’est pas un pays de pierre ... C’est tout simple, c’est un pays de brique, il n’y a pas de pierre en dessous de Londres. Il n’y a pas de carrières de pierre. Les grands monuments de Londres sont conçus avec des pierres importées (de Rouen en grande partie) ! L’Ecosse elle, est vraiment un pays de pierre ...

Alors, le anglais font aussi état de réceptions précoces.

En effet, au XVIIe déjà, c'est en Angleterre que nous avons la première attestation prouvée d’un non- maçon reçu dans une loge. Il en témoigne lui-même dans son journal. Cet homme s’appelle Robert Moray et il écrit dans son journal en 1641 qu’il a été initié au camp militaire de Newcastle.
Robert Moray a été initié à Newcastle, oui, en Angleterre, oui, mais par des maçons... écossais. Il y a aussi Elias Ashmole, qui lui aussi témoigne d’avoir été reçu en 1646 à Warrington en Angleterre. Sans doute. Mais, prenez une carte, regardez ou est situé Warrington, c’est à 1 heure et demi à cheval de l’Ecosse. Ce n'est peut-être qu'un hasard bien sûr.

Voilà ! L’un exclue pas l’autre .... Mais en tous les cas, il y a de grande chance pour qu'une grand partie du matériau maçonnique que nous connaissons soit venu d’Ecosse. L’Ecosse dont on a toutes les preuves d'une maçonnerie organisée en incorporation depuis 1475 et structurée depuis les statuts Schaw de 1598/99.

Et puis surtout et c’est ça le plus important, nous avons des documents qui nous montrent comment cette Maçonnerie écossaise était organisée à l’époque en un double système.

Un système « extérieur » gérant aux yeux du monde extérieur le métier dans son ensemble et la carrière du maçon. Et un système « intérieur » organisé sous forme de loges réservé aux maçons « acceptés ». Et c’est de ce système-là dont aujourd’hui sont issues les loges que nous connaissons.

Par ailleurs, il faut dire aussi qu’à l’époque cette Maçonnerie, c’est avant tout une société d’entraide, une caisse mutuelle, une assurance décès... et que tout commence avec ça !
A l’époque il n’y a pas de sécurité sociale, il n’y a pas de sécurité simplement. Et bien on se groupe afin de pourvoir aux nécessités.

Revenons à notre Grande Loge de Londres et de Westminster.

J'ai tendance à dire que les anglais nous ont fait avec la maçonnerie le même coup qu’ils nous ont fait avec le rugby.
Le rugby, ils ne l’ont pas inventé ! Il y avait ici la soule, ailleurs le calcio, etc. ... ils ont pris tout ça, ils ont fait des règlements (très bien fait d’ailleurs) et après ils ont dit maintenant le Rugby c'est anglais et c'est nous qui décidons.
Et en maçonnerie, et bien ils ont procédé exactement de la même manière ! Ils ont capté la chose très intelligemment, ils ont créé des règlements, ils l’ont organisé, ils l’ont fait se développer et maintenant c’est devenu leur chose...

Donc cette Grande Loge de Londres de Westminster, après l’arrivée de Desaguliers, va très vite prospérer et se multiplier à travers toute l’Angleterre.

Mais... ! Mais... ! Mais... ! Un certain nombre de loges qui continuaient d’exister à Londres et en Angleterre ont été oubliées dans ce système, dans cette nouvelle mise en place. Elles n’ont pas été intégrées à ce nouveau système. Et ces loges, pour une part composées d'Irlandais... et à l’époque, en Angleterre, être irlandais c’est être pas grand chose... n’intéressent personne !
Mais celles-ci elles se structurent et de développent. Elles vont elles aussi ,en 1751, fonder une deuxième Grande Loge. Ils vont s’appeler eux-mêmes  « les Anciens »... (parce que à l’époque il était plus noble d'être Ancien que Moderne) et par moquerie, il vont appeler la Premiere Grande Loge « les Modernes ».
Bref, sous l’impulsion d’un frère qui s’appelle Laurence Dermott, un irlandais, ils vont créer Une Grande Loge concurrente. Ils vont éditer des Constitution qu’on appelle Ahiman Rezon, et puis ils vont aussi se doter de Grands Maitres nobles, notamment au travers la famille des Ducs d’Atholl.
Ces deux Grandes Loges vont cohabiter pendant 60 ans en Angleterre, dans une rivalité extrême.

2 Grandes Loges, la Grande Loge des Modernes et la Grande Loge des Anciens...

Quand je dis une rivalité extrême, ce n’est pas pour rire, c’est vraiment une rivalité extrême !
J’en veux pour exemple, Benjamin Franklin - parce que cette rivalité va se répercuter jusqu’aux Etats-Unis – Donc, la Loge de Benjamin Franklin aux Etats-Unis était une Loge de Modernes. Il est alors nommé ambassadeur en France ou il passera plusieurs années. De retour dans son pays, sa loge est devenue Ancienne et lui il est toujours Moderne. Et bien on ne va plus l’accepter dans sa loge. Et là-dessus il va mourir ! Et bien on ne va même pas lui rendre les honneurs maçonniques.

On en est là ! Cela s’est passé de cette manière-là et pendant 60 ans ...

Ce qui est amusant, c'est de voir qu'aujourd'hui nos Frères anglais n'hésitent pas à donner des leçons aux frères Français qui connaissent quelques dissensions... Ils savent de quoi ils parlent.
L’Angleterre a eu l’extrême intelligence de faire une union. Mais cette union ne croyez pas qu’elle soit venue des frères eux-mêmes. Cette union est venu du pouvoir temporel, qui à des fins politiques, en avait assez de voir ces deux Grandes Loges se tirer dessus alors que le Royaume uni faisait son union et que l'Angleterre était en conquête du monde..

Alors comment s'y est-on pris ?

On a placé le Duc de Kent comme Grand Maître de la Grande Loge des Anciens et son frère -de sang- le Duc de Sussex, Grand Maître de la Grande Loge des Modernes.
L'union sera réalisée 1813.

J’ai voulu aller jusqu’à cette époque-là de l’histoire anglaise parce qu'il y a un rapport direct avec le rituel que nous pratiquons. Parce qu’il faut savoir que de ces deux Grandes Loges qui ont eu tant de mal à se mettre d’accord, - je n’ai pas le temps de rentrer dans tous ces détails -, de ces 2 Grandes Loges, l’une va prendre le pas sur l'autre, au niveau du rituel en tout cas. On peut dire que ce sont les Anciens qui vont imposer la plupart de leurs vues. Ce qui veut dire que le rituel que nous utilisons aujourd’hui -Emulation- est un rituel de type « Ancien ».

Alors que par exemple, j’anticipe sur ce dont nous parlerons plus tard, mais le Rite Français lui, qui est venu directement d’Angleterre au tout début du XVIIIe, et qui n’a pas connu cette transformation-là, est un rite de type « Moderne ». C’est-à-dire le type de Maçonnerie que devait pratiquer la Première Grande Loge ! C’est pour ça que nous avons de la chance en France de pouvoir disposer de ces 2 types de Rite. Un de type « Ancien » et l’autre de type » Moderne ».

Donc en 1813, on s’est mis d’accord sur un rituel commun. Cette nouvelle pratique commune, il a fallu la montrer à tous les frères de la nouvelle Grande Loge Unie. On a donc confié cette tâche à des Loges « de démonstration » comme l'Emulation Lodge of Improvement par exemple, qui a été créée sous l’impulsion des Grands Stewards pour faire la démonstration de ce qu’était ce nouveau rituel. La Grande Loge Unie d’Angleterre n’a jamais publié officiellement de rituel, elle a chargé ces loges justement d’en faire la démonstration.



Voilà, nous allons laisser de côté l’histoire anglaise, nous allons passer à l’histoire française.

Nous allons arriver en France, où comme je le disais tout à l’heure, la maçonnerie a très vite débarqué, comme d’ailleurs en Europe et aux Etats-Unis.

Dans le début des années 20, il commence a y a voir des loges en France, mais ces loges sont essentiellement encore des loges britanniques, avec des anglais, des irlandais et des écossais. Avec une proportion importante de stuartistes - qui comme vous le savez ont été obligés de quitter l’Angleterre, et ont trouvé refuge en France.

Jérôme Lalande, l'astronome, initié en 1765, relate dans un supplément d’encyclopédie de 1773, «Vers l’année 1725, Milord Dervent-Waters (Derwentwater), le Chevalier Maskelyne (Mac Leane), d’Herguerty (O’Heguerty), et quelques autres Anglais établirent une L:. (Loge) à Paris, rue des Boucheries, chez Huré, traiteur anglais, à la manière des sociétés anglaises ; en moins de dix ans, la réputation de cette L:. attira cinq ou six cens Frères à la Maçonnerie, et fit établir d’autres loges... »

Petit à petit les français intègrent les loges, les trois premiers Grands Maitres sont anglais, dont le Duc de Wharton qui a déjà été Grand Maitre en Angleterre - vous avez peut être vu tout à l’heure sur le frontispice des Constitutions d’Anderson, on voit deux personnages, l’un qui transmet à l’autre des Constitutions, et c’est le Duc de Montagu qui donne les Constitutions au Duc de Wharton. Derrière on peut voir Desaguliers -. Nous avons donc ce Duc de Wharton, qui était ancien Maitre de la Grande Loge d’Angleterre, mais qui était un personnage assez étonnant, déconcertant, qui s’est fait passer pour Hanovrien alors qu’il était Stuartiste, qui était très difficile à gérer et même en Angleterre, on a eu beaucoup beaucoup de mal à gérer sa Grande Maitrise Mac Leane qui a certainement été aussi Grand Maitre - on n’a pas beaucoup de documents sur cette période là -, et Charles Radcliffe, le comte Derventwaters.

Il faut attendre le 24 juin 1738 pour que la Maçonnerie française se dote enfin d’un Grand Maitre français en la personne de Louis Pardaillan de Gondrin, Duc d’Antin - il est très jeune - il a 29 ans mais c’est un proche de Louis XV, et il servira beaucoup la Maçonnerie sur le fait qu’il la protègera.

Je vous cite un extrait des deuxième Constitutions d’Anderson de 1738 ( puisqu’il y a eu deux éditions de ces Constitutions) et qui dit, « Toutes ces loges étrangères [mentionnées précédemment dans le texte] sont sous la protection de notre Grand Maître d'Angleterre. Toutefois l'ancienne loge de la ville d'York et les loges d'Écosse, d'Irlande, de France et d'Italie, ayant à coeur leur indépendance, ont leur propre Grand-maître. » Voilà, même en Angleterre, on reconnait que désormais il y a dans ces pays-là une Maçonnerie de type autonome !

Cette année 1738 verra aussi un évènement assez intéressant qui est la première bulle papale de Clément XII qui condamnera et excommuniera les Francs-Maçons. Ce, comme le dit la bulle elle-même « en raison du secret de leurs assemblée et pour d’autres motifs justes et raisonnables de nous connus », ... mais pas de vous, on ne vous les dit pas ! Eux ils le savent pourquoi ils font ça, mais vous, vous ne savez pas ! Bon, en fait, on sait... ,parce que ces Francs-Maçons qui arrivent, qui se réunissent dans le secret, ils sont tous anglicans ou protestants, et donc c’est la pire des choses ! Laisser en France, la fille ainée de l’église, des anglicans et des protestants prospérer dans le secret... ce n’est simplement pas possible ! On a donc tout de suite essayé de couper court à cela.
Il faut dire que cela n’aura pas beaucoup d’effet puisque, la bulle en question n’aura pas même pas été enregistrée au parlement de Paris et ne sera donc pas appliquée en France.
Cela n’empêchera pas non plus la maçonnerie en France de prospérer et d’amener à elle les esprits les plus brillants et les plus divers de l’époque.

Au XVIIIe, si on est quelqu’un de bien on est Franc-Maçon. Si bien dans les couches aisées que très aisées, mais aussi chez les penseurs, chez les Montesquieu, les Condorcet, les Lafayette, mais aussi chez des gens plus bizarre comme les Cagliostro, les Casanova, etc .... C’est un mouvement qui se proposera partout. Pas seulement en France mais aussi en Europe, avec Mozart, Goethe, ou alors aux Etats-Unis avec Franklin, Washington et le nombre de Francs-Maçons qu’il y a dans les bâtisseurs des Etat- Unis. Mais aussi en Amérique du sud avec Simon Bolivar.... Quand on fait la liste des Francs-Maçons du XVIIIe siècle, c’est absolument incroyable.

Par ailleurs, la France sera aussi un exceptionnel terrain de jeux pour la création de nouveaux grades. Il y aura floraison de nouveaux grades au XVIIIe siècle à peu près partout, mais la France est quand même un lieu extraordinaire de foisonnement maçonnique.
Sont venu se coaguler à la Tradition maçonnique de très nombreuse formes traditionnelles qui préexistaient sur lesquelles se sont conçus et mis au point des grades de tous types, dont on ne sait pas toujours comment ils sont apparu ni dans quelles conditions mais dont nous sommes les héritiers aujourd’hui et qui ont trouvé à se recycler dans de nombreux Rites . Nous en reparlerons plus tard.

Donc la maçonnerie va continuer à prospérer dans tout ce XVIIIe siècle jusqu’à la révolution française. Et là, au risque de décevoir certains, je l'affirme: non la Maçonnerie n’a pas fomenté la révolution française. A l’époque, des maçons il y en avait quasiment autant d’un côté que de l’autre, autant de royalistes que de révolutionnaires. D’ailleurs certains ont changé leur fusil d’épaule à un certain moment. C’est assez intéressant à suivre, le plus parfait exemple est de voir que l’on estime qu’il devait y avoir entre 25 à 30 000 membres, ce qui est quand même énorme, juste avant la révolution française, et en 1794, il n’y aura plus aucun membre. Plus rien, plus de maçonnerie en France ! Il faudra attendre le Directoire pour que tout cela renaisse.

Et là encore je vais peut être en décevoir certains, la devise Liberté Egalité Fraternité n’a absolument rien de maçonnique. Elle intervient sur des documents officiels sous la révolution uniquement en 1793 sous la formule exacte, « Unité et Indivisibilité de la République. Liberté, Egalité Fraternité ou la mort »… C’est drôle... on n’a pas retenu « ou la mort »
En tous les cas, hormis une loge qui à l’époque, en 1793 prendra ce nom « Liberté Egalité Fraternité », et bien cette devise « Liberté Egalité Fraternité », on la retrouvera absolument nulle part, il faudra attendre 1849 pour que le Grand Orient de France l’introduise dans ses Constitutions, et modifie ainsi sa dernière mention « La devise de la Franc Maçonnerie a de tout temps été Liberté Egalité Fraternité ». Voici comment on crée une pseudo-légende parce que l’on n’a effectivement aucune trace de cette devise « Liberté Egalité Fraternité » avant que le Grand Orient ne l'introduise lors de ce Convent de 1849.

Napoléon au pouvoir, la Maçonnerie va retrouver des couleurs, va recommencer à prospérer. Mais au prix fort, c'est-à-dire au prix de la sujétion totale.

Napoléon a bien compris qu’il serait complètement stupide de fermer les loges, alors que les instrumentaliser et les intégrer, et en faire une force d’appui serait beaucoup plus intelligent. C’est donc ce qu’il a fait, il a mis son frère, Joseph, à la tête de la Maçonnerie, Grand Maitre du Grand Orient de France, et Cambacérès comme Député Grand Maitre, c’est-à-dire en fait celui qui va réellement agir pour le compte de Napoléon. A l’époque, il faut s’imaginer que quasiment tous les maréchaux d’Empire sont Franc Maçons.

Après l’Empire, la Maçonnerie va s’adapter aux nombreux remous de la société du XIXe siècle. Cette période est assez complexe, je ne vais pas rentrer ici dans le détail, mais je voudrais souligner un élément d’importance. C'est à cette période qu'une véritable mutation de la Maçonnerie française se met en place et l’amène à être de plus en plus progressiste, sociale, républicaine, avec un fond d’anticléricalisme latent. Donc je vais passer sur cette période mais il faudra se souvenir de cela. Surtout pour le point suivant que nous allons aborder puisque celui-ci va pour ainsi dire bouleverser la maçonnerie française.

1877, c’est à ce moment que le Grand Orient de France va modifier un article de ses règlements généraux : l’Article 1er. Sa rédaction de 1849, mentionait : «  La Franc Maçonnerie est une institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive qui a pour base, l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme ».
En 1877, le pasteur Frederic Desmons, (oui, un pasteur ) propose la formulation suivante qui va être adoptée « La Franc Maçonnerie est une institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, elle a pour objet la recherche de la vérité, l’étude la Morale universelle, des Sciences et des Arts et l’exercice de la Bienfaisance. Elle a pour principe la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine. Elle n’exclue personne pour ses croyances. Elle a pour devise Liberté Egalité Fraternité ». (Notez aussi le retour de Liberté Egalité Fraternité)

On a donc simplement supprimé, l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme !

Nous avons déjà fait un certain nombre de conférence abordant ce sujet, vous vous y reporterez pour plus d'information- cf. conférence sur le serment-. Mais il faut retenir que cette « simple » modification va avoir des conséquences incroyables dont nous subissons aujourd’hui toujours les effets, et dont nous ne savons toujours pas comment nous allons arriver à sortir.

Parce que forcément, la Grande Loge Unie d’Angleterre, quand elle voit ça...

La réaction de la Grande Loge Unie d’Angleterre est claire, et elle dit en substance, ... « vous faites ce que vous voulez, mais ça ce n’est pas exactement la manière dont on voit les choses, et donc nous ne voulons plus avoir de lien avec vous ... C’est-à-dire que nous ne vous recevrons plus, et nous n’irons plus vous voir ... ». Et donc à partir de là va se créer, pas uniquement en France mais dans le monde entie une vision bipolaire de la maçonnerie avec d’un côté une Maçonnerie se prétendant Adogmatique et Progressiste, et de l’autre côté une maçonnerie se prétendant Régulière et Traditionnelle.

Et nous en pâtissons encore aujourd’hui ! Aujourd’hui encore nous avons à vivre avec ce problème. Et nous ne sommes pas les seuls à vivre avec ce problème parce que ce les anglais ayant eu une puissance mondiale ils ont donc répandu leur Maçonnerie dans toutes leurs sphères d'influences.

Mais les français ayant eu aussi une puissance mondiale, ils ont répandu leur Maçonnerie dans toutes leurs sphères d'influences aussi. Dans le monde anglo-saxon aujourd'hui, il n’y a en général qu’un système, alors que dans le monde latin, les deux systèmes cohabitent sans se fréquenter.

En 1894, après quasiment un siècle d’incidents au niveau des Hauts Grades - tout cela est d’une très grande complexité, je ne vais pas rentrer dedans -, les écossais du Grand Orient de France (qui ont toujours conservé le Grand Architecte de l’Univers) décident de prendre leur indépendance et de créer ce qui est aujourd’hui la Grande Loge de France.

La fin de ce siècle, du XIXe siècle, verra aussi la création de la 1ere obédience mixte au monde. 1893, la Grande Loge Symbolique Ecossaise Mixte de France, le Droit Humain, donnera en naissance en 1901 à l’Ordre Maçonnique Mixte International le Droit Humain, qui existe toujours.

12 ans plus tard, le 5 octobre 1913, la loge le Centre des Amis s’érige en Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies. Puis selon une lettre datée du 29 octobre 1913, l’Anglaise 204 de Bordeaux annonce son souhait de rejoindre la nouvelle obédience. La Grande Loge Unie d’Angleterre, annonce le 3 décembre 1913 en tenue de Grande Loge à Freemason's Hall la reconnaissance de l’obédience. L’Anglaise 204 rejoint alors la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies le 4 décembre. C’est-à-dire le lendemain de la reconnaissance par la Grande Loge Unie d’Angleterre. Cette obédience deviendra la GLNF le 29 octobre 1948.

Alors j’ai écrit ça en pesant mes mots, en faisant bien attention à chaque mot parce que vous avez là la réalité de ce qui s’est passé et non pas l’histoire que l'on vous raconte en général. Pourquoi, parce que la bonne histoire que l’on vous raconte est que forcément il y avait trois loges (nécessaires pour créer une Grande Loge).
Mais non ! non ! non ! la réalité est qu'il n'y avait qu'une Loge, le Centre des Amis, et que cette loge, seule, mais sous le regard des anglais qui l'ont reconnue, a été érigée en Grande Loge.

Tout ça pour dire, tout cela ne me cause aucun problème. Le fait qu’il faille être 1 loge, 3 loges, 5 loges ou 26 loges pour s’instituer en Grande Loge, quel intérêt ? Ce qui est important ; c’est qu’il y ai une filiation avérée, c’est ça qui est important. Que l’on ne fasse pas n’importe quoi, qu’il n’y ai pas de génération spontanée. Ce qui est plus dérangeant c'est qu'ensuite les mêmes qui n'ont pas respecté les règles qu'ils ont eux-mêmes édictées viennent demander à ce que les autres les respectent

Il serait maintenant sans doute bon de parler des concepts de Reconnaissance et Régularité dont vous entendrez souvent parler

La Régularité, en tous les cas celle qui est prônée par ceux qui se disent réguliers est le fait de répondre à un certain nombre de « Landmarks ». C’est-à-dire un certain nombre de points qui constituent la maçonnerie traditionnelle de « temps immémoriaux ». Parmi lesquels bien sûr, le Grand Architecte de l’Univers, et un certain nombre de points. Mais le problème c’est que ces points n’ont jamais été statués de manière claire. Ce n’est pas parce qu’un certain nombre de d'obédiences françaises ou étrangères ont déterminé un certain nombre de points (une règle en douze points, par exemple) qu'il ont pour autant été gravés dans le marbre de tout temps.

Un jour je ferais un travail sur ce sujet-là et sur le nombre de fois où ces points ont changé. Le nombre de fois où ils sont passés de 25 à 12, à 10, a 7 selon le bon vouloir des Grandes Loges américaines, anglaises... Les anglais n'ont jamais hésité à changer le nombre et de contenu de ces landmarks inamovibles ! Quand on vient leur dire que vous avez reconnu une Grande Loge avec une seule loge, ils disent oui, mais à l’époque dans les règlements on pouvait le faire ! Aujourd’hui on ne peut plus, on a changé le règlement ... Aaahhh ! Ceci voudrait donc dire qu'un landmark n'est pas tant un landmark que ça ?

Il y donc a une réelle problématique sur que sont ces Landmark, et nombreux ont été ceux qui ont travaillé la dessus... ce n’est pas du tout évident. Disons que nous avons peut-être 5 à 7 Landmark principaux sur lesquels tout le monde va à peu près s’accorder. La régularité est donc un concept relatif à la définition de landmarks... non totalement définis.

Ensuite il y a un 2ème concept, qui est le concept de Reconnaissance, c’est-à-dire « je te reconnais ou je ne te reconnais pas ».
Alors, tu peux être régulier ou pas régulier, je peux te reconnaitre ou ne pas te reconnaitre, et c’est là où ça commence à devenir problématique. Les deux concepts étant indépendants.
Je peux être régulier et pas reconnu. Régulier et reconnu. Et même pas régulier et reconnu.
En fait les grandes Loges se reconnaisse entre elles au gré des accords qu'elles ont signé.
Généralement quand on parle de reconnaissance, on parle plus particulièrement du fait d'être reconnu par la Grande Loge Unie d’Angleterre dont on a vu qu’elle se revendiquait comme Grande Loge mère régulant l’ensemble du métier, partout dans le monde, et que donc elle seule donne les bon points.
Paradoxalement, la Grande Loge Unie d’Angleterre ne reconnaît pas toutes les loges et obédiences régulières (répondant aux Landmarks ) car elle dit ne reconnaitre qu’une seule Grande Loge par état.
Sauf que quand ça l'arrange, elle en reconnaît deux, voire plus...
Par exemple aux Etats-Unis où dans à peu près chaque Etat il y a deux Grandes Loges reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre. La Grande Loge habituelle, traditionnelle que l’on connait bien, et puis la Grande Loge de Prince Hall, c’est-à-dire les « noirs » qui ont été refusés pendant des siècles par les « blancs » et donc la Grande Loge Unie d’Angleterre, il a bien fallu quelle les reconnaissent. Donc là elle en a fait deux et là ça peut passer ...

Ce qui fait aujourd’hui nous pouvons avoir en France des loges ou des Grandes Loges parfaitement régulière et reconnues... heu non en France il n’y a plus de reconnues, mais enfin il y a avait avant ... et reconnues, et d’autres qui ne sont pas reconnues et pourtant elles sont tout à fait régulières

Bref, revenons à notre déroulé historique.
Donc cette GLNIRF, qui deviendra la GLNF en 1948 restera avec des effectifs très réduits et très anglophones jusqu’à environs les années 60. Ce n’est qu’après qu’elle commencera à se développer et à devenir autre chose qu’une sous-marque de l’Angleterre

Après, survient la grande guerre, avec des pertes importantes, mais juste après cette grande guerre, la maçonnerie française reprend sa progression. Le Grand Orient de France passe de 23000 membres en 1919 à 33000 membres en 1930, tandis que le Grande Loge de France passe de 6300 membres à 16000 membres.

En 1922, le Congrès de l’International Communiste interdit la double appartenance au Parti Communiste et à la Franc Maçonnerie. Amusant, nous avions déjà l’église catholique qui interdisait et de l’autre côté nous avons aussi le Parti Communiste qui interdit cette double appartenance.

Puis survient la guerre, le régime de vichy et les forces d’occupation allemande - vous avez certainement eu l’occasion de voir quelques documents sur cette exposition anti-maçonnique qui fut organisée par le régime de Vichy en 1940 ... 1941, la loi sur les statuts des juifs s’appliquent aux Francs-Maçons.

A la libération, on compte environ un millier de Francs-Maçons déportés ou tués de par leurs activités de résistance soit à cause de leurs origines juive. Les temples ont été pillés, les archives confisquées, il ne reste quasiment plus rien de la Maçonnerie et il faudra quasiment 20 ans à la Maçonnerie pour récupérer ses effectifs d’avant-guerre.

Jusqu’en 1940, nul ne se cachait d’être maçon, les réunions maçonniques étaient dans les journaux, on savait très bien qui était Franc-Maçon, ils défilaient au grand jour, cela ne causait pas de problème. Forcément au lendemain de la guerre, et bien les Francs-Maçons se sont un peu plus cachés et ils sont restés un peu plus dans le secret.

En 1958, la Grande Loge Nationale Française qui se scinde en 2 parties : la Grande Loge Nationale Française et la Grande Loge Nationale Française dite Opéra. Ce sont des frères qui sont en désaccord avec la non-reconnaissance des autre obédiences française et cette nouvelle Grande Loge s’appelle aujourd’hui la GLTSO, c’est-à-dire la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra.

La Grande Loge Nationale Française verra encore d’autres scissions, le Grand Prieuré des Gaules, La Grande Loge des Maçons Réguliers Franc et Acceptés ... Bref, un certain nombre encore.

En septembre 2010, autre fait important, là aussi le sujet est très complexe mais on ne va en retenir que le fond, le Grand Orient de France décide qu’il deviendra mixte par 51,5% des voix, et depuis le Grand Orient de France compte un peu plus de 1200 sœurs.

De 1985 à 2011, la Grande Loge Nationale Française connait une croissance extraordinaire, elle passe de 6000 à 44000 membres... fantastique ! Jusqu’à se retrouver dans une position très, très complexe jusqu’à il y a 2 ans, ou des dérives graves, une gestion autocrate de l’obédience par le Grand Maitre Stifani et d’autres, ont amené à l’éclatement de l’obédience, et donc à la création d’autres Grande Loge comme la GLAMF, la GLIF, la GLTF et d’autres...,

Et cette loge même puisque nous n'oublions pas que notre loge a été fondée par des frères qui en avait assez de ce qu’il se passait à la GLNF, et en sont donc partis.
La Rudyard Kipling Lodge a été constituée par 3 loges régulières dont la filiation est on ne peut plus régulière. Nous respectons tous les Landmarks, il n’y a pas plus réguliers que nous. Nous pourrions nous constituer en Grande Loge régulière, mais nous avons choisi de ne pas rajouter à la confusion en créant encore une Grande Loge. Notre seul objectif étant de simplement faire de la belle Maçonnerie sans nous occuper de problèmes obédientiels.

Le 19 juillet 2011, la Grande Loge Unie d’Angleterre annonce sa suspension des relations avec la GLNF, ce qui fait qu’aujourd’hui en France, il n’y a plus aucune Grande Loge qui soit reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre.

Il faudrait des heures pour expliquer dans le détail la situation du paysage maçonnique actuel parce que nous sommes vraiment dans une très grande confusion. Nul ne sait comment tout cela va finir, comment tout cela va se passer. Des frères qui n’ont absolument rien les uns contre les autres sont empêchés de pouvoir se réunir, de pouvoir partager des travaux, et ont ne comprends plus vraiment bien comment toutes ces Grandes Loges peuvent s’anathèmiser les unes les autres, alors que d’un côté les régulières ne sont plus reconnues, de l’autre côté les adogmatiques se sont éclatés en nombre incroyable d’obédiences de toute sorte. On n'y comprend plus grand chose.
C’est la raison pour laquelle nous avons décidé nous de simplement faire de la maçonnerie et d’oublier ces querelles à vrai dire inintéressantes et peu maçonniques

Pour en terminer avec l’histoire, quelques détails de plus, avant de passer à autre chose: Non, les bâtisseurs de Cathédrales, ce ne sont pas les ancêtres des Franc-Maçons, en tous les cas pas en ligne directe. Forcément nos anglais et nos écossais ont bien appris l’Art de construire, la Maçonnerie quelque part. C’est avec Guillaume le Conquérant que débarque en Grande Bretagne la connaissance du travail de la pierre. Nous avons fait aussi un travail sur ce sujet (Les Origines de la Maçonnerie Ecossaise – disponible sur ce même site). Vous pourrez ainsi suivre le maçon français Jean Moreau, qui deviendra John Morrow en Ecosse. La plupart des grands édifices Ecossais qui ont été construit avec la collaboration des français et des flamands. Donc effectivement, on pourrait dire qu’il y a toujours des liaisons ... Il y a des liaisons, mais c’est autre choses qu’une filiation directe et stricte et que l’on peut prouver.

Si nous ne sommes donc pas des héritiers directs des bâtisseurs des cathédrales, nous ne sommes pas non plus des héritiers directs de l’Ordre du Temple, et Dieu sait qu’on en a dit qu’on en a fait autour de ça. Nous n’avons aucun lien non plus avec le compagnonnage, nous ne sommes pas les héritiers des compagnons du Tour de France, ce sont plutôt eux qui au travers d’Agricol Perdiguier se sont inspirés de la Maçonnerie. Alors que le compagnonnage était en plein déclin, Agricol a beaucoup travaillé à redonner vigueur à celui-ci et comme il était lui-même Franc-Maçon, il a insufflé un certain nombre d’élément maçonnique que l’on retrouve toujours et que l’on peut suivre à la trace et de manière assez aisée..

Voilà pour ce qui est de l’histoire ...


Nous allons passer maintenant à un petit panorama des obédiences telles qu’elles sont aujourd’hui.

La première d’entre elles, c’est-à-dire la plus ancienne, l’obédience historique en France, c’est le Grand Orient de France bien évidement dont les origines remontent à 1738 et crée en 1773.
C’est aujourd’hui environ 47 000 membres et plus de 1 000 Loges.

J'en profite ici pour préciser que les chiffres que nous donnons ne peuvent qu'être approximatifs. Ils sont donnés par les obédiences qui ont tendance à « gonfler » leurs effectifs. Si celle-ci ne les communiquent pas, il faut les estimer. Dans tous les cas, il s'agit surtout de donner un ordre d'idée.

C’est une obédience qui est donc progressiste, qui a pour ambition d’influer sur la société. C’est une ambition déclarée. Elle est sociale, ses membres veulent influer sur la société. Le Grand Orient n’est pas du tout monolithique, c’est une obédience où on peut rencontrer des Frères très différents. Il y a au Grand Orient des Loges qui ont la bible sur l'autel et d’autres qui terminent la tenue en criant « à bas la calotte ! ». Il faut savoir que c’est l’obédience dont nous provenons tous.

J’ai eu l’occasion d’amener au Grand Orient de France des frères 33e américains qui voulaient à tout prix aller au Grand Orient de France parce qu’ils disaient que c’était leur « mère ». J’aurais l’occasion d’en parler avec les frères du Grand Orient de France, c’est très étonnant à voir.

Deuxième obédience importante, la Grande Loge de France. C’est une Grande Loge qui est totalement régulière, même si elle n’a jamais été reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre. Elle compte environ 33 000 Frères. C’est une obédience qui a la particularité d’être mono-rite, c’est-à-dire qu’elle pratique qu’une seul rite, le Rite Ecossais Ancien et Accepté, sauf une loge qui travaille a Emulation qui s’appelle l’Anglo -Saxon Lodge et qui a été la première loge Emulation en France et dont un des anciens Vénérable, Jean-Marie P., vient régulièrement nous visiter.

Ensuite nous avons la Grande Loge Nationale Française, dont les effectifs sont ... on ne sait plus très bien à combien ils en sont. On estime autour de 22000. Création en 1913.

Nous avons aussi la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra, dont nous avons parlé tout à l’heure. Ce sont 200 loges et entre 3500 et 4500 membres.

Et puis nous avons la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française, la GLAMF, qui a été créé en 2012, et qui est elle aussi issue de la Grande Loge Nationale Française. Combien sont-ils aujourd’hui, c’est difficile à dire ... environ 14 000 membres.

La maçonnerie française compte une structure uniquement féminine: la Grande Loge Féminine de France, créée en 1952. Environ 110 00 membres. C’est une structure qui est uniquement féminine, il n’y a pas d’homme même si elles reçoivent les hommes aussi.

Et puis nous avons des loges mixtes comme l’est aujourd’hui le Grand Orient de France, mais comme l’était depuis toujours le Droit Humain, la Grande Loge Mixte Universelle, la Grande Loge Mixte de France.

Et puis nous avons après un autre tronc qui sont les spécifiques Memphis Misraim, là on en a plein des Grandes Loges Memphis Misraim dont les principales sont la Grande Loge Féminine de Memphis Misraim, environ 1000 membres. Grande Loge Mixte de Memphis Misraim, 500 membres environ. La Grande Loge Mondiale de Misraim, 350 environs...

et puis vous avez ce que l’on pourrait appeler les « small is beautifull », c’est-à-dire plein de petites obédiences qui ont moins de 1000 membres, mais qui peuvent être très sérieuses.
Par exemple, le Grand Prieuré des Gaules, la Loge Nationale Française, la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis, le OITAR (le OITAR c’est quand même près de 1000 membres), la Grande Loge Unie de France, la Grande Loge Symbolique de France, la Grande Loge Moderne et Traditionnelle de France, etc etc ...
Et puis vous avez des loges libres comme celle-ci, qui n’appartiennent à aucune mouvance, qui sont régulières et qui en sont fières.

Nous allons passer à un rapide tour du monde.

Nous serions environs 3 millions de maçons dans le monde. C’est une estimation difficile et complexe à donner mais qui à mon avis est assez réaliste. Dont la moitié, c’est-à-dire 1,5 million, (et là on a des chiffres vérifiés) aux Etats-Unis. Il faut savoir qu’ils étaient quand même 4 millions en 1924.
Ils ont quand même beaucoup chuté.

Il y a généralement deux Grandes Loge par Etat, une Grande Loge « blanche » et une Grande Loge de Prince Hall. Aujourd’hui la plupart se reconnaissent et on a donc des « noirs » dans les loges anciennement « blanches » et on a des « blancs » dans les loges anciennement « noires ».

Les américains ont une maçonnerie très ouverte. Ils n’ont pas connu l’envahissement de l’étranger, ils n’ont pas eu à se cacher. Donc effectivement quand vous arrivez aux Etats Unis, à l'entrée de nombreuses villes, vous avez sur une pancarte avec le nom de la loge et quand elle se réunit. La maçonnerie américaine est très communautariste et très ouverte sur le monde aussi.
Après les trois grades bleus, vous avez la possibilité de pratiquer soit les hauts grades de type York soit ceux de type Scottish Rite, avec donc d'un côté les grades que nous connaissons plutôt dans la maçonnerie de type anglo- saxonne et anglaise, et de l'autre les hauts grades du REAA. Tout ceci avec un certain nombre de variantes qui peuvent être assez importantes.

Le Canada c’est environ 80 / 90 000 membres et un système qui est très comparable.

L’Angleterre !
Quand j’étais en train de rédiger tout cela, j’ai noté les derniers chiffres qui étaient indiqués sur le site de la Grande Loge Unie d’Angleterre: 250 000 membres. Et puis avant-hier, il y a eu une nouvelle communication avec un nouveau chiffre qui est de 210 000 membres. Il faut savoir qu’il y a peu de temps encore, il y a 25 ans quelque chose comme ça, ils étaient 400 000 !. La Grande Loge Unie d’Angleterre connait un déclin sévère ! Quand je dis sévère, c’est sévère !
Là, ils sont en train d’essayer de tout miser sur les jeunes, d’essayer d’aller les séduire dès les sorties d’universités. Et on commence à voir, quand on lit « The Square » (je vous recommande ce journal du maçon de base anglais) des articles qui commence qui disent que finalement, en France eux ils prospèrent, ailleurs ils prospèrent, et nous on décline et qu'il faudrait peut-être commencer à se poser des questions. Dans tous les cas, une chose est certaine, il y a un véritable déclin mais aussi une autorité qui est de plus en plus contestée ! Contestée déjà par les américains. Parce que les américains sont de loin les plus nombreux, les plus actifs et les plus puissants et qu'ils n'apprécient pas qu'on leur dise ce qu'il faut faire.
Donc forcément, la Grande Loge Unie d’Angleterre devra faire un certain nombre de changement, nul ne sait encore lesquels. Il y a beaucoup de réflexion qui se font en ce moment autour de comment arriver à se transformer pour suivre la marche du temps de manière à ne pas se laisser distancer.

L’Ecosse c’est 60 000 membres, ce qui est un gros effectif par rapport à la population.
L’Irlande ce n’est que 35 000 membres.
La France, environs 150 – 160 000, mais en progression malgré tout.

Nous parlions tout à l’heure de la Grande Loge Unie d’Angleterre, à 210 000 membres, et bien elle va bientôt être dépassée par le Brésil. Le Brésil, c’est plus de 200 000 membres. Le Mexique, c’est 40 000 membres. C’est ça aussi, à force d’être sur ses certitudes, et bien la vie continue ailleurs et forcement les choses changent et bougent.

Voilà nous arrivons à la fin de notre 1ère partie

Rapidement, quelques questions...


Questions - Réponses ....

Alain L : Il y a un point que vous n’avez pas évoqué, c’est le rôle des Manifestes Rose-Croix. Car cela joue un rôle important dans l’évolution de la Maçonnerie par rapport à ce qu’elle était au départ et d’ailleurs aussi dans la formation de la Royal Society britannique, qui est l’équivalent de l’Académie des Sciences chez nous. Il y a un certain nombre d’idée qui ont été émise par ces Manifestes concernant une société idéale se réunissant dans le secret, et qui faisait de la recherche, et où il y avait très peu de membre. Il me semble que cela a pu avoir énormément d’influence sur la construction de la maçonnerie au départ. Notamment Elias Ashmole connaissait ces documents et cela a certainement dû l’influencer. Robert Moray, certainement également

Philippe R : Mon frère, il y a tellement de points que je n’ai pas pu évoquer, c’est sûr ... Vous avez tout à fait raison les Rose-croix sont souvent liés aux maçons et ce très tôt (1638 Les Muses "Car nous sommes des Frères de la Rose-Croix ; nous possédons le mot de Maçon et la double vue.") mais il est difficile de savoir à quel point cela à pu influencer la maçonnerie que nous connaissons.

Jean Louis V. : Je tenais à vous remercier pour cette excellente planche, qui effectivement laisse part volontairement bien entendu des pans entier de côté. C’était déjà une gageure de faire ce panorama très intéressant. Il y a un point que tu as mentionné, sur lequel il serait intéressant d’insister, c’est la date précise où les anglais instituent les « Basics Principles » : 1929 ! Et pour des loges qui prétendent ne pas faire de politique, ou pour des obédiences qui prétendent ne pas faire de politique, c’est la fondation du Commonwealth, la fin de l’Empire britannique. Or finalement, et c’est peut être encore plus important que ce que tu viens de dire, parce que le fait d’avoir abandonné, ou de rendre facultatif l’invocation du Grand Architecte de l’Univers, les anglais ils s’en moquent en fait. D’autant plus qu’il n’y a pas beaucoup de français qui les visitent, il n’y a pas beaucoup de français qui parlent anglais... En revanche, la fin de l’Empire britannique et le système qui doit, non pas le remplacer, mais qui doit servir de parapluie, il est important pour eux, et c’est là qu’ils décident de se doter des règles politiques qui font que... Ce qu’ils visent, ce n’est pas la maçonnerie française, ce n’est pas la maçonnerie européenne, mais c’est toutes les maçonneries qui faisaient partie de leurs colonies et de l’ancien Empire britannique. Or je pense que c’est la différence, la régularité, ce n’est pas tellement les français, ce n’est pas tellement le Grand Orient qui est visé, c’est plutôt une façon de couvrir politiquement le Commonwealth dans la continuité de l’Empire britannique.

Philippe R : C’est très vrai mon frère ! Il s'agit là d'une fine analyse d'un connoisseur de l'Angleterre.

Jean Pierre A. : Vénérable Maitre, vous tous mes frères, c’était une fresque intéressante depuis 1690... ce qui me gêne c’est le préambule si je peux me permettre quand on dit que la légende est au moins aussi forte que l’Histoire, que l’on essaie de faire remonter la maçonnerie à l’Egypte ancienne, aux juifs, à Moise, à Noé pourquoi pas à Adam, alors que l’on voit ensuite que la Maçonnerie est sans aucun doute écossaise, à ce que je sache Adam ne s’appelait pas Adams et Noé n’était pas un marin écossais. Tout ça me gêne toujours que l’on aille puiser, que l’on aille chercher, que l’on aille récupérer des légendes, des histoires pour montrer que la Maçonnerie remonte à l’origine de l’Egypte. Cela me gêne d’autant que vis-à-vis du profane, cela nous discrédite totalement car il n’y a aucune légitimité, aucune authenticité. Je trouve que cela nous discrédite profondément vis à vis du profane. Alors si dans le même temps on se rattache à des légendes, aussi belle soit elle, moi il me plait de croire que la révolution a été fomentée par la Maçonnerie, même si l’on sait qu’i n’en est rien, mais il me plait beaucoup. Et il me plait encore plus que la Maçonnerie dite universelle, qui aujourd’hui est très égocentrée, qui ne produit plus aucune idée utile au perfectionnement de l’humanité, [Propos tronqué car inaudible], que cette maçonnerie produise des idées, et soit même capable de provoquer une nouvelle révolution que bon nombre aujourd’hui espèrent ou craints cette idée-là. C’est peut être un rêve [Propos tronqué car inaudible].

Philippe R : Mon frère, je ne suis absolument pas d’accord avec vous et je pense que vous êtes certainement passé à côté de ce que j’étais en train de dire. Quand vous parlez de Noé, moi je dis que Noé, c’est le plus important. Pourquoi c’est le plus important ? Parce que c’est Noé, c’est cette légende qui a donné la Maçonnerie Noachite que nous connaissons, Le 21e Grade du REAA, je vois que vous portez un tablier rouge donc vous devez connaitre le REAA. Et puis, du côté anglais cela a donné le Royal Ark Mariner. C’est-à-dire que le matériau que nous utilisons, le matériau que nous transmettons qui nous a été transmis, le matériau qui nous a été donné pour notre réflexion, c’est un matériau de légende.
Ou alors, il ne s’agit plus de maçonnerie ! Si nous parlons Maçonnerie, la Maçonnerie c’est justement ces légendes. C’est la légende d’Hiram, c’est toutes les légendes des Hauts Grades. Il suffit de lire les instructions de n’importe quel grade à n’importe quel rite pour se rendre compte que c’est farci de légendes et ce sont ces légendes-là qui nous apprennent ; qui nous apportent, c’est ça qui est important. L’Histoire est sèche, et je suis bien connu ici comme étant, vous en parlerez avec votre voisin qui est juste à votre droite, pour être l’un des plus fervent ... j’ai été formé par un Monsieur, un Frère qui s’appelle René Guilly, qui est juste celui qui a mis au point l’Histoire Maçonnique authentique dont nous bénéficions tous aujourd'hui, avant lui, il n’y a avait presque personne qui faisait de la véritable Histoire Maçonnique, si ce n’est Marius Lepage, et on était non pas dans la légende mais dans la fiction avant cela. Donc effectivement, il faut qu’il y ait une recherche historique qui soit une recherche historique quasiment universitaire mais elle n’est là que pour nous éclairer sur justement ces mythes et ces légendes que nous possédons. Ce qui est fantastique c’est se dire comment se fait-il que des mythes, des légendes, des histoires arrivent à parcourir des siècles avec des hommes totalement différents les uns des autres, avec des sociétés complément différentes les unes des autres, avec des pays complètement différents, et bien ces histoire-là, ces légendes, c’est-à-dire ce qu’il faut lire c’est ce que veut dire la légende, et bien ces légendes elles parlent dans le cœur des hommes. Et moi, je pense que c’est ça le plus important, c’est la légende et pour bien comprendre cette légende, et bien je fais de l’Histoire.

Eric V : Vénérable Maitre, vous tous mes Frères, je crois que l’on peut se poser la même question que se pose Paul Veyne qui parle des mythes grecs : « est-ce que les grecs croyaient en leur mythes ? » C’est effectivement la question que l’on doit se poser nous. Personnellement, je crois qu’il faut que l’on croie dans nos légendes, ou plus exactement dans nos mythes, mais il ne faut pas croire que c’est la réalité historique. C’est un petit peu la différence ! A chaque fois que l’on a lu la bible en établissant que la bible c’était de l’Histoire, et même quelque fois on veut aller chercher l’archéologie pour prouver que ce qu’il y a dans a Bible c’était ceci, on fait une erreur fondamentale ! Qu’on utilise la Bible pour se construire, éventuellement pour construire la société si les gens sont d’accord, mais pour se construire, qu’on utilise nos mythes, c’est à dire en tant que récits fondateurs pour nous construire comme franc maçon ça oui, mais l’erreur majeure, c’est clair, c’est de considérer que tous des récits, légendaires si l’on y croit pas, mythiques si ils nous construisent, sont des récits historiques. Ce n’est pas historique en tant que tel. Ce que tu nous a fait, ressemble plus à de l’histoire bien évidement, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut jeter « l’eau avec le bébé » et tout le monde ... non !
On doit bien, pour se construire et comprendre, je ne sais pas ... au RER si ils ne comprennent pas ce qu’est leur mythologie chevaleresque et autre, chrétienne ou je ne sais quoi, ils ne peuvent pas comprendre leur Rite. Cela n’a pas de sens ! Donc il faut bien qu’ils aillent là chercher du côté du Chevalier Ramsay ou d’autres mythologues, ou inventeurs de mythologie maçonnique pour pouvoir comprendre leur propre rituel. Sinon cela n’a aucun sens ! Sinon c’est clair que si l’on considère que l’on descend des Chevaliers du Temple, et de je ne sais quoi, et bien il faut qu’ils prennent contact avec le Grand Secrétaire de la Grande Loge d’Ecosse pour qu’il leur montre dans ce magnifique livre qui s’appelle « Roslyn » que tut ça n’a aucun fondement historique. En tout cas dans le sens où les historiens donnent un sens au mot Histoire. De plus on a tout le problème de la matière historique, c’est-à-dire les textes, et ça on a beaucoup de difficultés là-dessus. Mais on peut être faire un peu d’archéologie maçonnique... mais bon !

Philippe R : Patrick ...

Patrick S : Sans déflorer la matière du prochain bouquin que je vais sortir puisque je suis en train de traduire 2 manuscrits que David Stevenson m’a envoyé. J’en ai terminé un, je suis en train de terminer le second, le second est entièrement consacré à Anderson et il explique très très bien pourquoi Desaguliers a demandé à Anderson de rédiger ces Constitution car la Maçonnerie anglaise avait besoin de ressourcer ses mythes qui était assez peu nombreux auprès de ceux de l’Ecosse.
Desagulier, lorsqu’il s’est rendu à Edimbourg, pour un Contrat professionnel puisqu’il était ingénieur de formation, a été reçu effectivement par des frères d’Ecosse qui l’on tuilé, qui l’on trouvé conforme et à leur contact, il s’est rendu compte qu’ils étaient détenteurs de beaucoup plus de tradition maçonnique que tout ce que connaissait même les frères les plus âgés en Angleterre. Donc à son retour, il a fait en sorte que la Grande Loge commissionne Anderson pour rédiger de nouvelles Constitutions. David explique très bien dans le livre que je suis en train de traduire que toute cette histoire qui parait entièrement mythique, elle est parfaitement conforme à tous les livres d’Histoire, tels qu’ils étaient conçu à l’époque où Anderson a rédigé les Constitutions. Il était normal de remonter jusqu’à la création du monde pour tout Histoire d’une organisation, quelle qu’elle soit, et en faisant cela, Anderson s’est parfaitement conformé à la manière de faire de son époque. On lui a beaucoup tapé dessus à l’époque contemporaine pour ces choses-là, mais c’est par méconnaissance de ce qu’était la réalité de l’écriture de l’Histoire à l’époque d’Anderson. Alors ça c’est une chose très très importante et d’autre part, Anderson a apporté quelques rectifications, toujours à la demande de la Direction de la Grande Loge de Londres parce qu’ils avaient un but particulier, cette maçonnerie Hanovrienne, donc postérieure à la perte du pouvoir des Stuart, et il fallait absolument soutenir le pouvoir en place, c’est ce que l’on appelait la « révolution pacifique », parce que c’était un régime protestant, relativement modéré et le but, c’était d’unir toutes les factions protestantes et anglicanes différentes qu’il y avait autour du pouvoir à Londres avec un plus petit dénominateur commun, et je crois que le coup a été assez bien réussi ! Je vous en dirais plus lorsque j’aurais encore plus avancé dans mon travail, mais cela semble assez réussi ...

Philippe R : Nous nous en délectons d’avance ...

Patrick S : Mais d’autre part, je voulais aussi dire pour la suite, car les Stuarts ont aussi joué un rôle, pour la partie française, très très important... je voudrais inciter nos frères présent à se procurer le dernier ouvrage d’André Kervella qui vit parfois en Bretagne, parfois en Afrique et qui vient de publier un bouquin assez extraordinaire et qui s’appelle « Les Rois Stuarts et la Maçonnerie » et qui complète d’autres ouvrages qu’il nous avait déjà fait, et où il démontre l’importance des Stuartistes débarqués en France dans les début de la Maçonnerie en France. Il y a eu 2 maçonneries en concurrence en France à l’époque : une maçonnerie qui était plutôt Hanovrienne, suscitée par les anglais et une autre maçonnerie qui était importé d’Ecosse par les partisans des Stuarts ...

Philippe M : Vénérable Maitre, vous avez commencé votre propos sur ce qu’il s’est passé en 1717, où à partir de 4 loges a été créé une Grande Loge, la Grande Loge de Londres et de Westminster, or là, on entend très souvent qu’a été créé là la première obédience, obédience qui viendrait de « obéir », soit une forme de prééminence de la Grande Loge sur la loge... Qu’est-ce qu’une obédience ?

Philippe R : Alors là ... on ne va pas y répondre tout de suite, mais je pense que la démarche des 4 loges en questions, ce n’est pas de créer une obédience. La démarche des 4 loges en question, c’est de créer un corps suffisamment représentatif pour pouvoir exister parce qu’ils sont en train d’avoir des gros problèmes. C’est ça qu’ils cherchent donc ils ne savent pas trop comment le faire, donc ils vont se mettre à plusieurs... ils vont même en créer un peu pour pouvoir exister et représenter quelque chose et pouvoir continuer à exister. C’est ça l’Histoire !

Nous on interprète ça avec nos yeux d’aujourd’hui, quand on voit une Grande Loge on voit une obédience, des gens qui brillent de mille feux partout, etc... D’accord !

Mais eux ce ne sont pas du tout leur objectif ! Ils sont dans une petite salle de 28m², dans une taverne basique de Londres, ils se réunissent à quelques-uns et ils se disent comment on va faire ? On va se réunir l’année prochaine ... C’est ça l’Histoire ! Il n’y a pas de Grande Loge, mais effectivement ils créent le concept de Grande Loge qui va devenir un must après. Il va falloir faire des Grandes Loges, on ne va pas pouvoir exister sans faire de Grande Loge alors qu’avant ça existait et que cela continuait à exister à coté mais petit à petit il va s’imposer une « Grande Logisation » intégrale, partout pour pouvoir exister... Mais ce n’est pas une obédience.

Cela deviendra une obédience qu’à partir du moment où il y aura un pouvoir qui veut mettre en place un certain nombre de choses. Ça c’est beaucoup plus tardif !

LA BIBLIOGRAPHIE INDISPENSABLE

En français

Nouveau Dictionnaire Thématique Illustré de la Franc-Maçonnerie,
Jean Lhomme, Edouard Maisondieu, Jacob Tomaso, Dervy

Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie
Daniel Ligou, Georges Alquier, Robert Amadou, Paul Anxionnaz, PUF, 2006

Encyclopédie de la franc-maçonnerie
Collectif - Le Livre de Poche

Les premiers francs-maçons,
Les loges écossaises originelles et leurs membres
David Stevenson (Auteur), Patrick Sautrot (Traduction) - Ivoire-Clair- 2000

Les origines de la Franc-Maçonnerie
Le siècle écossais 1590 - 1710
David Stevenson
Télètes 1993

Les Pierres de la Franc-Maçonnerie
René Désaguliers,- Dervy

Les deux grandes colonnes de la Franc-Maçonnerie
René Désaguliers, – Dervy

Les Trois grands piliers de la franc-maçonnerie : Colonnes et chandeliers dans la tradition maçonnique
René Desaguliers – Dervy

Dans l’intérêt des Frères Ruyard Kipling
(traduction de Pierre Gauchet), - Dervy

Une certaine idée de la franc-maçonnerie
Alain Bernheim - Dervy

La Tradition maçonnique,
Robert Amadou, Cariscript, 1986

Histoire de la franc-maçonnerie française (3 tomes)
Pierre Chevallier- Fayard

La franc-maçonnerie : documents fondateurs
Frédérick Tristan - Cahiers de l'Herne

Le grand livre illustré du patrimoine maconnique
Ludovic Marcos, Pierre Mollier, Dominique Morillon, Jean-Pie Robillot. - Le Cherche Midi

En anglais

Freemason's Guide and Compendium,
Bernard E. Jones, 1982, réed. (en anglais)

Emulation-Working explained,
Herbert F. Inman, 1968 (en anglais)

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Graham Redmann, 2007 (en anglais)

Beyond the Craft, Keith B. Jackson, 1 983, rééd. (en anglais).

The Freemason at work, Harry Carr, 1983 (en anglais)

REVUES

Ars Quatuor Coronatorum,
http://www.lewismasonic.co.uk/ars-quatuor-coranatorum

Renaissance Traditionnelle
http://www.renaissancetraditionnelle.org

The Square
http://www.lewismasonic.co.uk/square-magazine/

The Canonbury Papers
Canonbury Masonic Research Centre
http://www.lewismasonic.co.uk/the-canonbury-papers/

La Chaîne d'Union
Conform Editions
http://www.conform-edition.com/page3/page62/page62.html<

Points de Vue Initiatiques
La Revue de la GLDF
http://www.gldf.org/fr/points-de-vue-initiatiques/numeros-de-pvi?start=25<

Les Cahiers Villard de Honnecourt
GLNF
http://www.villard-de-honnecourt.com/

Masonica
La revue du Groupe de Recherche Alpina (Suisse)
Groupe de Recherche Alpina
http://www.masonica-gra.ch/


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