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Travaux maçonniques

La vie Maçonnique
du Frère Rudyard Kipling

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Ceci est un résumé de la conférence qui a été donnée le 12 juin 2013


Nous commençons par la lecture du poème "Tu seras un homme mon fils" (If).
Traduction d'André Maurois (1918), lue par notre V.F. Franck F.

Pour le plaisir, en voici l'enregistrement…



Il n'est pas facile de reprendre la parole après un texte aussi profond..

Il faut dire aussi que ce texte a été fantastiquement traduit (presque réinterprété) par un André Maurois inspiré. (Je vous invite à relire la version originale pour voir a quel point le texte a été retravaillé par Maurois ainsi que la traduction plus proche de l'original mais sans doute moins inspirée de Jules Castier -voir ci-dessous-)

Il n'y a pas vraiment d'allusion maçonnique directe dans ce poème mais on peut se demander s'il ne s'agit pas là en fait de l'un des textes les plus maçonniques de Kipling...

Je dois vous dire que j'aime particulièrement ce poème. J'ai été élevé avec lui. Il est resté des années affiché dans ma chambre. J'ai eu l'occasion d'y retrouver des forces si souvent...

Ce texte m'a d'abord appris que l'on ne nait pas homme, mais qu'on le devient. A force de travail et d'amour.
N'est-ce pas là ce que tente de nous apprendre la maçonnerie ?

En fait, Kipling m'a accompagné toute ma vie.
J'ai passé mon enfance avec Kim, Capitaine courageux et Le Livre de la Jungle si bien dans sa version livre qu'avec le dessin animé de notre Frère Walt Disney.
J'ai été installé Vénérable Maître pour la première fois (il y a environ 25 ans) dans une Loge baptisée « Faith and Works » du nom de celle de Kipling dans « Dans l'interêt des Frères »
Et me voici aujourd'hui Vénérable de cette Loge Rudyard Kipling en train de vous parler... de Rudyard Kipling

Kipling a influencé la vie de tellement d'hommes...

C'est un géant de l'écriture. Précurseur sur sa façon d’écrire des nouvelles

Somerset Maugham dit de lui plus grand raconteur d'histoires (story teller) qui ait jamais existé.
 L'écrivain Henry James écrit à son sujet : « Kipling me touche personnellement, comme l'homme de génie le plus complet que j'aie jamais connu ».
Bien sûr, comme tous les grands hommes, il aura ses nains détracteurs.
George Orwel l'a qualifié de «prophète de l'impérialisme britannique» et cette idée sera beaucoup reprise.
(Orwell, issu d'une famille esclavagiste qui doit sa prospérité à l'empire Britanique ! Orwell, qui jouera le révolutionnaire pendant quelques années, avant de livrer en 1949 une liste de noms de journalistes et d'intellectuels « cryptocommunistes », « compagnons de routes » ou « sympathisants » de l'Union soviétique à l'Information Research Department . (La réalité de cette collaboration est prouvée par un document déclassifié par le Public Record Office.)
C'est ne rien connaître de Kipling que lui faire un tel procès.
Kipling est un homme libre, d'une indépendance farouche.
Il acceptera le prix Nobel, mais refusera d'être anobli par la reine.
"On ne paie jamais trop cher le privilège d'être son propre maître." Cette devise, Kipling ne se contentera pas de l'écrire, il l'appliquera durant toute sa vie.

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Il n'est bien évidemment pas de notre propos de tenter ici une étude complète de Rudyard Kipling. Nous nous contenterons de présenter quelques éclairages sur sa vie et son inspiration maçonnique.
Nous aurons aussi le plaisir de présenter ici des photos exceptionnelles et inédites de la période indienne de Rudyard Kipling (celle de sa rencontre avec la maçonnerie).
Plusieurs photos jamais présentées... (En espace réservé – demandez le mot de passe ici: )
Pour finir, comme promis, lors de notre dernière soirée cinéma, nous reviendrons sur ce film inspiré de la nouvelle de Kipling « L'homme qui voulut être roi »

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John Lockwood Kipling, fils d'un pasteur Méthodiste est un sculpteur habile (employé lors de la construction du Victoria and Albert Museum de Londres), pour parfaire sa connaissance en poterie, il séjourne à Burslem, dans le Staffordshire

C'est là qu'il rencontrera d'Alice MacDonald, fille d'un pasteur méthodiste aussi (5 soeurs et 2 frères).

John et Alice aimeront se promener sur les bords du Lac Rudyard. Ils aimeront tellement ces moments ensemble qu'ils se jureront, s'ils ont un fils, de l'appeler... Rudyard

John et Alice se marieront (d'amour) au début 1865.

A ce moment John est, on peut le dire, pauvre. Il est doué et bien éduqué mais les temps sont durs et il a grande difficulté à trouver un emploi stable et bien rémunéré. A cette époque, l'empire offre des débouchés, c'est ainsi qu' il acceptera avec joie un poste de professeur à la Jejeebhoy School of Art and Industry de Bombay

C'est donc à Bombay le 30 décembre 1865 que verra le jour Joseph Rudyard Kipling.
Il passera à Bombay les premières années de sa vie. Trois ans plus tard naitra sa soeur Trix (Alice).

A 6 ans comme le veut la tradition des familles anglo-indiennes Rudyard et Trix devront rentrer en Angleterre pour y recevoir une éducation anglaise. Ils seront confiés à une famille d'accueil (choisie petite annonce !), chez un marin à la retraite, à Southsea près de Portsmouth.

Les cinq années que Rudyard et Trix ont passé à Southsea ont été une période très difficile pour ces enfants livrés à eux-mêmes. "Tante Rosa» n'était sans doute une méchante femme, mais elle était dure, tyrannique et antipathique.
À six ans, Rudyard n'avait pas encore appris à lire ou à écrire, et dans les années qui suivirent, il deviendra agité, turbulent et renfermé sur lui-même.

Quand enfin il apprit à lire, un nouveau monde s'ouvrit à lui. Les personnages des livres qu'il lira deviendront ses principaux réconforts.

« Si vous faites subir un interrogatoire à un enfant de sept ou huit ans sur ses activités de la journée (surtout lorsqu'il tombe de sommeil), il se contredira d'une façon tout à fait satisfaisante. Si chaque contradiction est épinglée comme mensonge et rapportée au petit déjeuner, la vie n'est pas facile. J'ai dû subir pas mal de brimades, mais il s'agissait là de torture délibérée, appliquée religieusement et scientifiquement. Par contre cela m'obligea à faire très attention aux mensonges que je dus bientôt concocter et je suppose qu'il s'agit d'une bonne base pour une carrière littéraire. » commentera-t-il plus tard.

En janvier 1878, Kipling entra au United Services College, à Westward Ho! dans le Devon, école fondée quelques années plus tôt afin de préparer les garçons à la carrière militaire. 
La plupart de ses camarades étaient les fils de soldats, habitués environnement « rough ».
(Le nom de la ville vient du titre du roman de Charles Kingsley Westward Ho!. Il y a bien un point d'exclamation dans le nom de la ville !)

La vue défectueuse de Kipling le rendait inapte pour la plupart des sports scolaires et le disqualifiait pour les bagarres. Il apprit très vite à éviter les ennuis par son tact et sa gentillesse.
Ses débuts à l'école s'avérèrent difficiles, mais il finit par se faire des amitiés durables et ces années de collège lui fournirent la matière du recueil d'histoires de potaches, Stalky & Co. (1899)

Cette année-là, 1878, Kipling découvrit la France.
Son père John Lockwood Kipling était en charge de la section 'Inde' de l'Exposition de Paris et il décida d'emmener Rudyard avec lui pour quelques jours.
Il adorera la France.

Vers la fin de son séjour à l'école, il fut décidé qu'il n'avait pas les aptitudes nécessaires pour obtenir une bourse d'études (incroyable...), ce qui lui aurait permis d'aller à l'université d'Oxford puisque ses parents n'avaient pas les moyens de financer ses études supérieures.

Kipling père procura donc un emploi à son fils à Lahore où il était directeur de l'école d'art Mayo College of Art et curateur du musée de Lahore.

Kipling devait travailler comme assistant dans un petit journal local, la Civil & Military Gazette de Lahore.

Il prit la mer pour l'Inde le 2 septembre 1882 et arriva à Lahore le 20 octobre. Il a 17 ans.

La gazette civile et militaire (Civil and Military Gazette) de Lahore, que Kipling appellera plus tard « ma première maîtresse, mon premier amour » paraissait six jours par semaine de janvier à décembre, avec une interruption d'une journée à Noël et une autre à Pâques.

Kipling était rudement mis à contribution par le rédacteur en chef, Stephen Wheeler, mais rien ne pouvait étancher sa soif d'écrire. En 1886, il publia son premier recueil de poésies, Departmental Ditties. Cette même année vit arriver un nouveau rédacteur en chef, Kay Robinson, qui lui laissa une plus grande liberté artistique et proposa à Kipling de composer des nouvelles pour le journal.

Entre novembre 1886 et juin 1887, il publia plus d'une quarantaine de nouvelles.
La plupart de ces récits furent rassemblés dans « Simples contes des collines », son premier recueil de prose publié à Calcutta en janvier 1888, alors qu'il venait d'avoir 22 ans.

En novembre 1887, il fut muté à Allâhâbâd, dans les bureaux de The Pioneer, grand frère de la Gazette.
Kipling écrivait toujours au même rythme effréné, publiant six recueils de nouvelles dans l'année qui suivit soit un total de 41 nouvelles. Au début de l'année 1889, The Pioneer renonça aux contributions de Kipling à la suite d'un différend.
Il céda les droits de ses six volumes de nouvelles pour 200 livres sterling et de dérisoires droits d'auteur, et les droits des Plain Tales from the Hills pour cinquante livres. Enfin, il reçut six mois de salaire en guise de préavis de licenciement.
Il décida de consacrer cet argent au financement de son retour à Londres, seul endroit ou il pourrait s'adonner pleinement à l'écriture.

Nous reviendrons bien évidemment dans le détail de ces années à Lahore puisque c'est là que kipling fut initié

Le 8 mars 1889, Kipling quitta l'Inde, il fit escale à Rangoon, Singapour, Hong Kong et le Japon avant d'atteindre San Francisco. Il traversa les Etats -Unis, passant par le Canada. Il fit la connaissance de Mark Twain à Elmira (État de New York), devant lequel il se sentit fort intimidé.
Puis Kipling traversa l'Atlantique pour débarquer à Liverpool en octobre 1889. Quelques mois plus tard, il faisait des débuts remarqués dans le monde littéraire londonien.

Kipling n'arrêtera plus d écrire et de voyager: Afrique du Sud, Australie Nouvelle Zélande...

Le 18 janvier 1892 a lieu le mariage de Carrie Balestier (29 ans) et Rudyard Kipling (26 ans).
C'est Henry James (Franc-Maçon) qui mena la mariée jusqu'à l'autel.

Rudyard et Carrie s'installeront dans le Vermont C'est là qu'il écrivit Le Livre de la Jungle et qu'ils conçurent ses 2 filles Joséphine et Elsie.

Ils retourneront en Angleterre en septembre 1896 En août 1897, Rudyard aura son seul fils, John pour lequel il écrira ce poème universellement célèbre: 'If'

Kipling enchaine les succès, « Kim », « Histoires comme ça », « Puck of Pook's Hill.. »

En 1907, il reçoit le prix Nobel de littérature « en raison de la puissance d'observation, de l'originalité d'invention, de la vigueur des idées et du remarquable talent narratif qui caractérisent les œuvres de cet écrivain mondialement célèbre. »
L'attribution des différents prix Nobel date de 1901 et Kipling en fut le premier lauréat anglophone.
« L'académie de Suède, en attribuant cette année le prix Nobel de littérature à Rudyard Kipling, souhaite rendre hommage à la littérature anglaise si riche de gloires diverses, ainsi qu'au plus grand génie que ce pays ait jamais produit dans le domaine de la narration. »

Kipling est à ce moment une icône dans son pays et dans tout le monde anglo-saxon

Vient la Grande Guerre de 1914. Kipling est durement frappé. Il perd son fils, le lieutenant John Kipling, tué à la bataille de Loos en 1915.
Il écrivit ces lignes « Si quelqu'un veut savoir pourquoi nous sommes morts, Dites-leur : parce que nos pères ont menti ».
Il est possible que Kipling ait éprouvé un sentiment de culpabilité pour avoir contribué à faire entrer son fils dans la garde irlandaise de la British Army, alors que le jeune homme avait été réformé à cause de sa forte myopie.

Pour Kipling ,qui avait avait déjà perdu sa fille ainée Joséphine en 1899 d'une pneumonie, le coup est terrible.

Kipling continua à écrire jusqu'au début des années 1930, mais à un rythme moins soutenu.

Il mourut des suites d'une hémorragie causée par un ulcère gastro-duodénal le 18 janvier 1936, alors qu'i préparait un voyage pour Cannes où il se rendait très souvent. Il avait 70 ans.

Son décès avait d'ailleurs été annoncé de façon prématurée dans les colonnes d'une revue à laquelle il écrivit : « Je viens de lire que j'étais décédé. N'oubliez pas de me rayer de la liste des abonnés. »
Les cendres de Kipling reposent dans le Poets' Corner de l'abbaye de Westminster

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Venons-en maintenant au aux rapports de Kipling avec la Maçonnerie.

Contrairement à ce que l'on lit ici et là, il ne semble pas que le père de Kipling ait été maçon, ni n'ai usé de ses relations pour le faire enter en maçonnerie.

Tout commence à Lahore...

Voici ce que dit lui même modestement Kipling de son entrée en maçonnerie dans « Quelque chose de moi » écrit vers la fin de sa vie:
"En 1885 j'ai été fait franc-maçon par dérogation (Lodge Hope and Perseverance n° 782 ) alors que je n'avais pas l'âge requis, parce que la Loge désirait avoir un bon secrétaire.
Ce n'est pas ce qu'ils ont eu, mais j'ai aidé, et j'ai obtenu de mon père les conseils nécessaires pour décorer les murs nus du temple maçonnique de tentures d'après du Temple de Salomon.
Ici, j'ai rencontré des musulmans, des hindous, des sikhs, des membres du Araya et Brahmosamaj, et un Juif, le tuileur, qui était prêtre et boucher de sa petite communauté dans la ville. Encore un autre monde s'ouvrait donc à moi, j'en avais grand besoin
".

(Le Brahmo Samaj est un mouvement religieux théiste fondé dans les années 1830 en Inde par Râm Mohan Roy. S'inspirant d'éléments de l'hindouisme, de l'islam et du christianisme. Abolition des castes. )

En fait, Kipling se trompe sur la date.
Nous avons retrouvé les minutes de la Loge Hope and Perseverance n° 782 et voici ce que l'on peut y lire:

[INITIATION]
Procès-verbaux de la tenue ordinaire de la Loge Hope and Perseverance n° 782 , qui s'est déroulée au Masonic Hall (Anarkali), Lahore, Inde, le lundi, le 5 Avril 1886.
Vénérable Maître: W. Bro. G. B. Wolseley.
Ordre du jour:
Il a été procédé à un vote pour M. Joseph Rudyard Kipling, âgé de 20 ans 2 mois 1/2, rédacteur en chef adjoint » de la Gazette civile et militaire, et résidant à Lahore, un candidat à l'initiation.
PROPOSÉ par W.Bro. Le colonel Menezes
SECONDÉ par le Bro. C. Brown
qui s'est avéré favorable à l'unanimité.
La dispense émanant du Grand Maître du District, autorisant son initiation en tant que mineur a ensuite été lu.
LE CANDIDAT, M. Joseph Rudyard Kipling, a ensuite été admis et initié en due forme dans les mystères et les secrets de l'ancienne franc-maçonnerie, le Vénérable Maître lui ayant conféré le grade.
(Signé) O. Menezes, P.M.

[PASSAGE]
Tenue régulière le lundi 3 mai 1886. (C'est à dire 1 mois plus tard...)
Vénérable Maître: W.Bro. Colonel O. Menezes.
LE FRERE KIPLING,candidat au 2ème grade - Compagnon-, a été dûment examiné dans au premier grade,- Apprenti -, et ayant prouvé ses compétences, il a été autorisé à se retirer pour être préparé.
La Loge fut alors ouverte au 2° grade.
Le candidat a ensuite été réadmis et passé au 2° grade, en due forme selon les anciens rites.

[ELEVATION]
Tenue ordinaire du lundi 6 Décembre 1886 [le Lodge ayant été en vacances dans l'intervalle].
Vénérable Maître: W.Bro. Le colonel G. B. Wolseley.
Le Frère Rudyard Kipling étant candidat pour le sublime grade de maître maçon a été examiné par le Vénérable Maître selon l'ancienne coutume, et ayant prouvé ses compétences, il a été autorisé à se retirer pour être préparé, tandis que LA LOGE était ouverte au 3° grade.
Le candidat a ensuite été réadmis et passé au 3° grade, en due forme selon les anciens rites.

Il est amusant de savoir que les minutes de cette élévation au 3° grade ont été écrites de la main même de Kipling. La loge cherchait effectivement un secrétaire...

Il a été avancé à la marque dans la Loge Fidélité n ° 98, à Lahore, le 14 Avril 1887, puis élevé au Royal Ark Mariner dans la Loge Mont Ararat n ° 98, le même jour. (soit 4 mois après son élévation)

Il ne faut pas s'étonner que Kipling ait reçu les 3 grades en 8 mois et dans la foulée la Marque et l'Ark Mariner, c'était autrefois une pratique très courante. Au XVIIIème, on pouvait recevoir tous les grades le même soir, mais nous avons déjà eu l'occasion maintes fois d'aborder ce sujet ici, nous n'allons pas y revenir...

Kipling prend pour marque un 'K' (une perpendiculaire à laquelle est acollée une equerre )...

Profitons de l'occasion qui nous est donnée pour donner insister sur le fait que le swastika 卍 qu'utilisait Kipling sur les couvertures de ses livres n'a absolument rien à voir avec un symbole nazi. Il s'agit d'un symbole sanscrit très ancien que Kipling utilisait bien avant quee le régime nazi ne s'ne empare et le détourne. (Pour plus d'info, voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Svastika)

Quatre mois seulement après son élévation, Kipling donnera une conférence dans sa loge intitulée « Les origines du 1er grade de la Maçonnerie » et quelques mois encore après, une seconde conférence « La vision populaire de la Franc-Maçonnerie »

Harry Carr, dans sa brillante étude « Kipling and the Craft » remet en doute les sources en possession de Kipling pour réaliser ces travaux dans de bonnes conditions, doutant qu'il y ait pu y avoir une bibliothèque maçonnique digne de ce nom à Lahore. Les faits lui donneront tort. En 2009, un homme appelé Naveed Ahmed de Lahore, Pakistan, contacte par email, Bruno Gazzo, rédacteur en chef de l'excellent site Pietre-stone (http://www.freemasons-freemasonry.com/Francken-Manuscript.html) lui disant qu'il possède un certain nombre de manuscrits maçonniques. Il s'agira en fait de l'une des copies perdues du fameux manuscrit Franken (1783) !
Le père de Naveed était franc-maçon et bien qu'il ne le soit pas lui même, la Franc-maçonnerie ayant été interdite en 1972 par Ali Buttho, Naveed restait en possession de nombreux documents dont aussi entre autres, la patente Prince Albert Victor Lodge N° 2370
Ce qui montre bien qu'il existait une bibliothèque maçonnique à Lahore ...

Nous allons insister sur cette période de la vie de Kipling car c'est à ce moment que se forme sa vision de la maçonnerie. C'est celle qu'il gardera toute sa vie.





Ce poème poignant pour un maçon et qui marquera des générations de Frères montre la maçonnerie telle que la voit, telle que la vit Kipling.

Même s'il s'agit de la vision sublimée et nostalgique d'un poète, ce texte nous touche par sa force et sa simplicité. Il parle à tous les maçons qui se reconnaissent dans ce sentiment profond qui nous attache à notre Loge Mère.

Oui, les loges en Inde à cette époque étaient « mélangées ». Indous, musulmans, sikhs, chrétiens s'y fréquentaient sur le niveau, alors que dehors, disons que les choses étaient plus compliquées...
Les procès verbaux que l'on a retrouvés de la Loge de Kipling montrent qu'il y avait au moins 4 frères non-européens:
Bikrama Singh, Profession not stated
Mohammed Hayat Khan, Assistant Commissioner
Protal C. Chatterjee, M.A., Pleader In the Law Courts
Gopal Das, U.C.S. (?)

4 frères non-européens au moins sur combien de membres ?


D'après le poème ils sont 12, plus Kipling 13
La liste des membres de la Loge, que nous possédons, nous donne 24 membres, mais les minutes du passage de Kipling rapportent qu'ils n'étaient alors que 7 !
En tous les cas la loge est petite.

Le témoignage de Kipling n'est pas isolé concernant ce brassage de religions
Le Frère Eric Parker , commandant des troupes indiennes au Tibet, est initié à calcutta. Il raconte:
« J'ai pris mes obligations en 4 volumes de la Loi Sacrée, c'est à dire la Bible, le Coran, le Granth Sahib et la Bhagavad Gita, car il y avait des chrétiens, musulmans, sikhs et les hindous parmi les frères de la loge. »
(Duc de Sussex a bien réussi son coup ! - voir à ce propos: http://www.rudyard-kipling.fr/Travaux-side-degrees-de-la-maconnerie-anglaise.html )
Plus loin, il dit avoir même rencontré des bouddhistes dans les loges, s'en étonnant puisqu'ils n'ont pas vraiment de Dieu révélé, donc à priori pas de Grand Architecte.
(Voir la conférence sur le serment - à propos de l'immortalité de l'âme: http://www.rudyard-kipling.fr/Travaux-le-serment-ferment-et-ciment-de-la-maconnerie.html )

Mais revenons à la Loge de Kipling Hope and Perseverance n° 782


Lorsque l'on vous parle de la Loge de Kipling, on vous montre en général le temple de Lahore (Situé à Charing Cross) or ce temple n'a été construit qu'en 1914, c'est à dire bien après le départ de Kipling. On nous dit qu'il a été construit sur les fondations de l'ancien temple.
Or c'est faux.

En fait, ce nouveau temple a été construit en utilisant la pierre de fondation de l'ancien temple qui lui se trouvait à Anarkalee (un quartier de Lahore). Nous possédons le compte rendu de la pose de cette première pierre (The Freemasons' quarterly du 5 novembre 1859).
Et en exclusivité, nous pouvons aussi vous présenter une photo de cette pose.
Une photo extraordinaire que seul un maçon peut apprécier... ( En espace réservé – demandez le mot de passe ici: )

J'ai retrouvé l'endroit de ce premier temple la rue s'appelle d'ailleurs « Lodge Road » !
Il est occupé par Lady Maclagan Government High School for Girls
J'ai missionné des amis sur place pour aller plus loin dans la recherche et avoir enfin peut-être des photos et de nouveaux documents...

Durant l'été 1887, Kipling fut muté au Pioneer de Allahabad.
A son départ, le Vénérable J. J. Davies prit la parole pour dire:
" Vénérables et Frères,
Nous avons tous entendu avec un profond regret l'annonce faite par notre Frère Secrétaire que nous allons bientôt perdre ses services en tant que secrétaire de cette Loge. Ceux d'entre nous qui ont observé son comportement depuis son initiation sont sûrs qu'il aura une carrière maçonnique pleine de succès. ...tous les frères se joignent à moi pour souhaiter à Bro. Kipling réussite dans sa vie future et d'exprimer l'espoir que les circonstances vont lui permettre de visiter de temps en temps aux réunions de sa Loge Mère
 »

A ce moment Kipling pense qu'il reviendra.
Sa loge mère le note comme « Frère Absent »
A Allahabad, il rejoint la Loge Independence with Philanthropy, No. 391 ,le 17 Avril 1888
Elle était alors la quatrième plus grande Lodge du district de la Grande Loge du Bengale, avec 35 membres. La plus grande Lodge ne ​​comptait que 50 membres, et les comptes-rendus montrent que plusieurs loges du Bengale étaient en sommeil et d'autres avaient beaucoup de mal à cause du faible nombre d' adhésions. La N ° 391 était un Lodge "très mélangée" avec une proportion importante de membres non-européens [19], et il est presque certain que Kipling aurait été très heureux là-bas, mais sa participation active aux travaux de la Loge n'a duré, en fait, que moins d'un an, en raison de son voyage prévu en Angleterre. (Il n'est jamais retourné à Allahabad, et a démissionné de la Loge le 31 Décembre, 1895).

En mars 1889, il quitte l'Inde.
C'est aussi quelque part la fin de son expérience maçonnique « pratique »

Bien sur, on le comptera parmi les membres de la Societas Rosicruciana in Anglia, de l'Author’s Lodge No. 3456, de la Motherland Lodge No. 3861. Il sera même fondateur de la Loge « The Builders of the Silent Cities Lodge No. 12, à St. Omer en France » (la loge existe toujours), mais il s'agira toujours plutôt d'un soutien à ces loges que d'une implication réelle. Il n'y participera jamais physiquement, du moins à ma connaissance.

Pourtant la maçonnerie sera présente tout au long de la vie de Kipling et tout au long de ses écrits.
Les allusions maçonniques dans ses oeuvres ne se comptent pas., elles y fourmillent.

Je ne vais pas ici faire le détail des allusions maçonniques dans l'oeuvre de Kipling, mais je voudrais
vous recommander quelques lectures importantes comme la nouvelle « Dans l'interêt des frères »
(dans sa traduction de Pierre Gauchet, bien sûr) qui a le mérite de décrire avec une rare précision les aspects du rite anglais de style émulation. On voit ici l'importance que Kipling accorde au rituel.
Et puis des textes incontournables comme
• The Mother Lodge
• My new-cut Ashlar
• The Palace
• A Pilgrim’s Way
• The Widow at Windsor
• The Banquet night
• Kim
...

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Kipling Franc-Maçon Kipling Franc-Maçon Kipling Franc-Maçon Kipling Franc-Maçon Kipling Franc-Maçon Kipling Franc-Maçon Kipling Franc-Maçon


Avant de finir, chose promise, chose due:
L'homme qui voulut être roi
On se découvre !
(Seuls les privilégiés qui étaient présents à la projection privée du film peuvent comprendre. ;-)

Contrairement à ce que l'on pourrait croire « L'homme qui voulut être roi » n'est pas une pure invention de Kipling. Kipling s'est en effet inspiré de l'histoire vraie de la vie de Josiah Harlan, aventurier américain qui se rendit au Punjab et en Afghanistan dans l’intention de devenir roi. Après s’être mêlé de politique locale et de faits d’armes, il finit par obtenir le titre de « Prince de Ghor » pour lui-même et ses descendants en échange de son aide militaire.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire aussi le Kafiristan, n'est pas un pays imaginaire. cet ancien pays a bel et bien existé, il se retrouve depuis plus d’un siècle rabaissé à l’état de « simple » province, rattaché de nos jours à l’Afghanistan sous le nom de Nouristan.  Kafiristan veut dire "terre des infidèles" en farsi. Ainsi, en raison de leur situation géographique, difficulté d'accès, jusqu'à la fin du 19e siècle, ces peuples offrent la particularité d'être les seuls peuples descendant de migrations indo-européennes à demeurer païens et polythéistes sans discontinuité depuis l'Antiquité.

Alexandre le Grand est effectivement passé au Kafiristan (alors appelé Wamastin) et a fait campagne dans la vallée de la Kunar.

Le film:

John Huston aura révé de réaliser ce film pendant plus de 20 ans.
En 1954, il signe avec Allied Artists un accord pour 3 films. Le 1er devait être « L'homme qui voulut être roi », qui devait se tourner avec  Humphrey Bogart et Clark Gable dans les rôles principaux !
La mort du premier (en 1957), suivie peu de temps après par celle du second (en 1960), obligea le cinéaste à revoir ses plans.
Il pense à un moment à Burt Lancaster et Kirk Douglas, mais le projet ne se fait pas.
Il pense ensuite à Peter O'Toole et Richard Burton mais le projet ne se fait toujours pas.
En 1973, le producteur John Foreman rend visite à Huston en Géorgie, dans sa maison de St. Clerans. "Flânant un jour dans la bibliothèque, raconte le cinéaste, il dénicha trois vieux découpages de L’Homme qui voulut être roi. Il les lit et et suggéra de proposer le film à Paul Newman." Il s’agirait alors de la troisième collaboration successive de l’acteur avec Huston, après Juge et hors-la-loi et Le Piège.
Il espère reconstituer le duo de Butch Cassidy et le Kid, avec Robert Redford dans L’Arnaque 
Mais Newman pense que le film devrait être interprété par des Anglais et suggère les noms de Sean Connery et Michael Caine…
"C’était l’évidence, raconte Huston. Elle crevait les yeux. Avec sa perspicacité habituelle, Paul nous avait désigné les vedettes idéales pour notre film. Connery et Caine acceptèrent aussitôt." Les deux acteurs se connaissent depuis les années 50.
Ils ne le regretteront pas puisque lors de la re-sortie du film (copies neuves) en 2002, ils déclareront tous deux qu'il s'agit là du film qu'ils ont préféré faire dans toute leur carrière.
(Il faut dire que Sean Connery rencontra sa future seconde femme Micheline Roquebrune à Marrakech durant le tournage du film.) Le film débute finalement en janvier 1975 au Maroc. À Marrakech, le décorateur français Alexandre Trauner reconstitue le marché de Lahore (au Pakistan) vers 1880, puis l’équipe émigre aux pieds des montagnes de l’Atlas et dans les gorges du Tocha à Tinghit. Le temple de Sikandergul est érigé en plein désert et revient à la production à plus de 500.000 dollars.

Pour le rôle du Grand Prêtre (qui démasque Dravot), Huston tient à trouver quelqu’un de la région, un homme âgé dont le visage reflète la difficile existence. Mais le jour du tournage des scènes en question approche et aucun des Marocains envisagés ne fait l’affaire, quand, au petit matin, le réalisateur voit passer un vieil homme barbu. Il s’agit d’un des veilleurs de nuit engagés par la production. Il correspond exactement à ce qu’il cherche. L’homme accepte mais continue à travailler la nuit (personne n’a pensé à lui dire d’arrêter…) et est absolument épuisé après trois jours de tournage !

Pour la princesse Roxanne, qui doit épouser le nouveau roi du Kafiristan, Huston pense à Zoe Sallis, son ancienne compagne, mais son épouse s’y oppose catégoriquement ! Il trouve alors l’interprète idéale : Shakira, l’épouse de Michael Caine. Celle-ci, si elle a été mannequin, n’a jamais joué la comédie et refuse d’emblée. Son mari passe une nuit entière à essayer de la convaincre, en vain. Le lendemain, elle assiste au tournage et Huston la prend à part. "Après seulement un moment, se souvient Michael Caine, elle s’est mise à sourire puis à rire. Juste avant que nous commencions à tourner, John annonça que Shakira avait accepté de jouer le rôle de la princesse Roxanne. Je n’ai jamais réussi à savoir ce qu’il lui a dit, mais j’aimerais bien !"

Les scènes de montagne ont été tournées à ...Chamonix
Dans la scène de l'avalanche on aperçoit des traces de ski.
Souffrant de graves problèmes cardiaques, John Huston vit un jour arriver, dans sa chambre d'hôpital, Sean Connery et Michael Caine. Les deux acteurs refirent (à l'identique) la scène de présentation du film.

On se couvre ! ;-)

Pour finir, un peu d'émotion avec ce texte





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Bibliographie:

Kipling and the Craft
Bro. Harry Carr.
AQC n°77, 1964.

Rudyard Kipling as a Mason
Bazley, Bazil
Freemasons Magazine, London 1953

Masonic References in the Works of Rudyard Kipling
Williamson, H.S.
The Kipling Journal, London 1934

# Nous recommandons tout particulièrement:
Dans l'intérêt des frères Rudyard Kipling,
Traduction et présentation de Pierre Gauchet
Dervy, 2012


Rudyard Kipling and his world
Kingsley Amis
London, Thames and Hudson, 1975

Rudyard Kipling
Frederick Birkenhead
London, Weidenfeld and Nicolson, 1978

Rudyard Kipling. His Life and Work
Charles Carrington
London, Macmillan, 1955

Rudyard Kipling. An Illustrated Biography
Martin Fido
London, Hamlyn, 1974

Reader’s Guide to Kipling Work
Reginald Harbord
8 vol., London, Kipling Society, 1961-1972.

The Man who Would be Kipling
Andrew Hagiioannu,
London, 2003

Kipling's India
Arley Munson
London, 1916

Kipling's India
Narasimhaiah, C.D. & Srinath, C.N.
Mysore 1983

A Bibliography of the Works of Rudyard Kipling
David Alan Richards
2010

Kipling : une brève biographie
Alberto Manguel
Arles, Actes Sud, 2004

Sussex Edition of the Complete Works of Rudyard Kipling in Prose and Verse.
35 Vol.
London, Macmillan 1937/1939

Rudyard Kipling
Oeuvres, collection Bouquins
Paris, Robert Laffont. Tome 1 : 1987 ; tome 2 : 1988 ; tome 3 : 1989
(Traductions souvent anciennes d’origines diverses)

Rudyard Kipling
Bibliothèque de la Pléiade
sous la direction de Pierre Coustillas
Paris, Gallimard. Tome 1 : 1988 ; tome 2 : 1992 ; tome 3 :1996 ; tome 4 : 2001

# Pour ces 2 collections, notons que les traducteurs n'étant pas maçons, on passe souvent à côté de nombreuses allusions maçonniques.

D'autre part, il faut dire qu'il n'existe à ce jour aucune édition des oeuvres complète de Rudyard Kipling. Il y manque toujours, ici et là quelques oeuvres.

De plus, 50 textes inédits viennent d'être découverts par hasard. Ils devraient incessemmant être publiés.(3 tomes représentant 2480 pages)
http://www.magazine-litteraire.com/actualite/breve/decouverts-hasard-cinquante-textes-inedits-kipling-01-03-2013-62032

L'homme qui voulut être roi (The Man Who Would Be King)
http://www.imdb.com/title/tt0073341/combined

Central Asia: Personal Narrative of General Josiah Harlan1823-1841
Frank E. Ross
Luzac, 1939

An address to the Victoria Lodge of Education 1971 on his Masonic experiences in India between 1923–1947
Eric Parker, St Andrew’s Lodge #49 of The Grand Lodge of British Columbia.



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Trois poèmes de Rudyard Kipling...

Tu seras un homme mon fils (If)

Brother Square-Toes, tiré de "Rewards and Fairies" - 1910


Traduction d'André Maurois (1918)

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.


Traduction de Jules Castier, 1949

« Si tu peux rester calme alors que, sur ta route,
Un chacun perd la tête, et met le blâme en toi ;
Si tu gardes confiance alors que chacun doute,
Mais sans leur en vouloir de leur manque de foi ;
Si l’attente, pour toi, ne cause pas trop grand-peine :
Si, entendant mentir, toi-même tu ne mens,
Ou si, étant haï, tu ignores la haine,
Sans avoir l’air trop bon, ni parler trop sagement ;
Si tu rêves, — sans faire des rêves ton pilastre ;
Si tu penses, — sans faire de penser toute leçon ;
Si tu sais rencontrer Triomphe ou Désastre,
Et traiter ces trompeurs de la même façon ;
Si tu peux supporter tes vérités bien nettes
Tordues par des coquins pour mieux duper les sots,
Ou voir tout ce qui fut ton but brisé en miettes,
Et te baisser, pour prendre et trier les morceaux ;
Si tu peux faire un tas de tous tes gains suprêmes
Et le risquer à pile ou face, — en un seul coup —
Et perdre — et repartir comme à tes débuts mêmes,
Sans murmurer un mot de ta perte au va-tout ;
Si tu forces ton cœur, tes nerfs, et ton jarret
À servir à tes fins malgré leur abandon,
Et que tu tiennes bon quand tout vient à l’arrêt,
Hormis la Volonté qui ordonne : « Tiens bon ! »
Si tu vas dans la foule sans orgueil à tout rompre,
Ou frayes avec les rois sans te croire un héros ;
Si l’ami ni l’ennemi ne peuvent te corrompre ;
Si tout homme, pour toi, compte, mais nul par trop ;
Si tu sais bien remplir chaque minute implacable
De soixante secondes de chemins accomplis,
À toi sera la Terre et son bien délectable,
Et, — bien heureux — tu seras un Homme, mon fils.


Version originale, 1910

If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you.
But make allowance for their doubting too ;
If you can wait and not be tired by waiting.
Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
And yet don’t look too good, nor talk too wise :
If you can dream -and not make dreams your master
If you can think -and not make thoughts your aim
If you can meet Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same ;
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools.
Or watch the things you gave your life to broken,
And stoop and build’em up with worn-out tools :
If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss ;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them : "Hold on !"
If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings -nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much ;
If you can fill the unforgiving minute,
With sixty seconds’ worth of distance run.
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And -which is more- you’ll be a Man, my son !



La Loge Mère

1896


Traducteur inconnu (si quelqu'un a une référence…)

Il y avait Rundle, le chef de gare,
Beazelay, des voies et travaux,
Ackman, de l'intendance,
Donkin, de la prison,
Et Blacke, le sergent instructeur,
Qui fut deux fois notre Vénérable,
Et aussi le vieux Franjee Eduljee,
Qui tenait le magasin "Aux Denrées Européennes".
Dehors, on se disait : « Sergent !, Monsieur !, Salut !, Salaam ! »,
Dedans, c'était : « Mon Frère », et c'était très bien ainsi.
Nous nous rencontrions sur le Niveau et nous nous quittions sur l'Equerre,
Moi, j'étais Second Diacre dans ma Loge-Mère, là-bas ! 
Il y avait encore Bola Nath, le comptable,
Saül, le Juif d'Aden,
Din Mohammed, du bureau du cadastre,
Le sieur Chuckerbutty,
Amir Singh, le Sikh,
Et Castro, des ateliers de réparation,
Le Catholique romain !
Nos décors n'étaient pas riches,
Notre temple était vieux et dénudé,
Mais nous connaissions les anciens landmarks
Et les observions scrupuleusement.
Quand je jette un regard en arrière,
Cette pensée souvent me revient à l'esprit :
Au fond, il n'y a pas d'incrédules,
Si ce n'est peut-être nous-mêmes !
Car tous les mois, après la tenue,
Nous nous réunissions pour fumer
(Nous n'osions pas faire de banquets
de peur d'enfreindre la règle de caste de certains frères)
Et nous causions à cœur ouvert de religions
Et d'autres choses
Chacun de nous se rapportant
Au Dieu qu'il connaissait le mieux. L'un après l'autre, les Frères prenaient la parole
Et aucun ne s'agitait.
Jusqu’à ce que l’aurore réveille les perroquets
Et le maudit coucou shikra ; 
Comme après tant de paroles,
Nous nous en revenions à cheval,
Mahomet, Dieu et Shiva
Jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes.
Bien souvent depuis lors,
Mes pas errants au service du gouvernement,
Ont porté le salut fraternel
De l'Orient à l'Occident
Comme cela nous est recommandé,
De Kohel à Singapour.
Mais comme je voudrais les revoir tous
Ceux de ma Loge-Mère, là-bas !
Comme je voudrais les revoir,
Mes Frères noirs ou bruns,
Et sentir le parfum des cigares indigènes
Pendant que circule l'allumeur,
Et que le vieux limonadier
Ronfle sur le plancher de l'office,
Et me fait retrouver Parfait Maçon
Une fois encore dans ma Loge d'autrefois.
Dehors, on se disait : « Sergent !, Monsieur !, Salut !, Salaam ! »
Dedans, c'était : « Mon Frère », et c'était très bien ainsi.
Nous nous rencontrions sur le Niveau et nous nous quittions sur l'Equerre,
Moi, j'étais Second Diacre dans ma Loge-Mère, là-bas !



Version originale, 1896

THERE was Rundle, Station Master,
An' Beazeley of the Rail,
An' 'Ackman, Commissariat,
An' Donkin' o' the Jail;
An' Blake, Conductor-Sergeant,
Our Master twice was 'e,
With im that kept the Europe-shop,
Old Framjee Eduljee.
Outside - " Sergeant! Sir! Salute! Salaam!
Inside - 'Brother," an' it doesn't do no 'arm.
We met upon the Level an' we parted on the Square,
An' I was junior Deacon in my Mother-Lodge out there!
We'd Bola Nath, Accountant,
An' Saul the Aden Jew,
An' Din Mohammed, draughtsman
Of the Survey Office too;
There was Babu Chuckerbutty,
An' Amir Singh the Sikh,
An' Castro from the fittin'-sheds,
The Roman Catholick!
We 'adn't good regalia,
An' our Lodge was old an' bare,
But we knew the Ancient Landmarks,
An' we kep' 'em to a hair;
An' lookin' on it backwards
It often strikes me thus,
There ain't such things as infidels,
Excep', per'aps, it's us.
For monthly, after Labour,
We'd all sit down and smoke
(We dursn't give no banquits,
Lest a Brother's caste were broke),
An' man on man got talkin'
Religion an' the rest,
An' every man comparin'
Of the God 'e knew the best.
So man on man got talkin',
An' not a Brother stirred
Till mornin' waked the parrots
An' that dam' brain-fever-bird.
We'd say 'twas 'ighly curious,
An' we'd all ride 'ome to bed,
With Mo'ammed, God, an' Shiva
Changin' pickets in our 'ead.
Full oft on Guv'ment service
This rovin' foot 'ath pressed,
An' bore fraternal greetin's
To the Lodges east an' west,
Accordin' as commanded.
From Kohat to Singapore,
But I wish that I might see them
In my Mother-Lodge once more!
I wish that I might see them,
My Brethren black an' brown,
With the trichies smellin' pleasant
An' the hog-darn passin' down;
An' the old khansamah snorin'
On the bottle-khana floor,
Like a Master in good standing
With my Mother-Lodge once more.
Outside - Sergeant! Sir! Salute! Salaam!'
Inside- Brother," an' it doesn't do no 'arm.
We met upon the Level an' we parted on the Square,
An' I was Junior Deacon in my Mother-Lodge out there !



Le Testament de l’initié

1910


Texte controversé. Les meilleurs spécialistes remettent en cause sa paternité Kiplinienne. (Nous n'avons pas trouvé sa version originale !) Quoi qu'il en soit ce texte superbe est tellement entré dans l'imaginaire maçonnique français qu'il mérite notre attention. Tout en sachant que….

Je ne suis qu’un homme parmi les hommes. Mais j’ai répondu sous le bandeau et j’ai gravi les trois marches. J’ai vu l’étoile flamboyante, j’ai fait le signe. Je suis un maillon de la Chaîne ! La Chaîne est longue.

Elle remonte jusqu’au siècle d’Hiram, et peut-être plus loin encore. On trouve notre signe sur les pierres dans les déserts de sable sous le ciel pur de l’Orient, dans ces plaines où s’élevaient les temples colossaux, poèmes purs de la puissance et de la gloire.

On trouve notre signe sur les papyrus que l’âge a teintés d’ocre, sur les feuilles où le calame a tracé les phrases les plus belles qu’un être ait pu lire. On trouve notre signe sur les hautes cathédrales aux sommets sublimes aérés par les vents des siècles.

On trouve notre signe jusque sur les conquêtes de l’esprit qui font l’humanité meilleure, sur la partition de Mozart, sur la page de Goethe, le livre de Condorcet, les notes d’Arago.

Et pourtant, je ne suis qu’un homme parmi les hommes, un homme sans orgueil, heureux de servir à sa place, à son rang, je ne suis qu’un maillon de la Chaîne, mais je me relie à l’univers dans l’espace et dans le temps. Je ne vis qu’un instant, mais je rejoins l’Éternel. Ma foi ne saurait faire couler le sang, je ne hais point, je ne sais point haïr. Je pardonne au méchant parce qu’il est aveugle, parce qu’il porte encore le bandeau, mais je veux l’empêcher de mal faire, de détruire et de salir.

À ma place, debout et à l’ordre, j’ai travaillé de mon mieux. Dans toutes les heures de la vie, mon cœur est demeuré fidèle. Je me suis dépouillé des métaux, j’ai combattu jusqu’à la limite de mes forces le fanatisme et la misère, la sottise et le mensonge.

Je ne crains rien, pas même ce sommeil que l’on appelle la mort. J’espère supporter la souffrance avec l’aide des miens, je saurai subir ce qui doit être subi parce que c’est la loi commune.

J’aurai dégrossi la pierre, accompli ma tâche en bon ouvrier par l’équerre et le compas.

Quand je partirai, formez la Chaîne. Rien ne sera perdu de ce qui fut donné. Je resterai toujours parmi vous car je vous laisserai le meilleur de moi-même, oh fils de la lumière, mes frères.


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