Un article proposé par le frère Philippe MRN, janvier 2026
Avez-vous déjà vu les pilotes de la Patrouille de France répéter leurs acrobaties aériennes ?
Non ? Et pourtant il y a tellement à apprendre de ces hommes hors du commun et de leur technique qu'ils nomment "la musique".
C'est un exercice de concentration et de répétition des figures et des enchainements au son de la voix du leader auquel répondent les pilotes concentrés au maximum dans un ballet virtuel où le mental est déjà dans l'avion.
Derrière ces prouesses techniques se cache une préparation mentale d’une intensité rare, fondée sur des techniques de visualisation, d’autohypnose, de cohésion d’équipe et de répétition mentale.
Par un parallèle saisissant, l’exécution d’une cérémonie maçonnique de passage de Grade ou même une simple tenue régulière exige exactement les mêmes qualités : Mémorisation parfaite, synchronisation absolue, concentration intense, maîtrise des émotions et harmonie collective, avec - en plus, la posssibilité de simplifier le processus en utilisant les outils de visio-conférence.
Le principe est de dérouler totalement la cérémonie, sans s’arrêter, en décrivant oralement avec le plus de précision possible toutes les actions les gestes, les déplacements, la manière de « squarer », et donc de raconter une histoire entière avec force de détails tout le texte de la cérémonie comme si on racontait la cérémonie à un malvoyant.
- La vue externe : Se voir dans la Loge, observer la disposition des officiers, du mobilier, de l'autel, les différents mouvements et déplacements.
- La vue interne : Se placer dans son rôle de Vénérable Maître, de Surveillant, de Diacre etc..., et ressentir les gestes, entendre sa propre voix et celle des autres.
- La vue kinesthésique : Vivre la cérémonie en temps réel, avec les sensations physiques comme le fait de marcher dans la loge avec le candidat ou de lui saisir la main, et enfin émotionnelles comme ressentir l'émotion du candidat ou la solennité de l’instant.
Les officiers qui n’ont pas grand-chose à faire ou à dire - ce qui reste très piégeux - devront trouver leur place pour dire ce qu’ils font. On pense notamment au Diacre qui dans une cérémonie retourne à sa place et qui doit malgré tout faire le troisième pas avec le candidat : Il n’a rien à dire, mais il doit dire ce qu’il fait, dans le bon timing.
L'exercice se fait sous le contrôle du Directeur des Cérémonies, garant du bon déroulé de celles-ci et qui en surveille chaque étape et prend en note toutes de les corrections ou précisions à apporter à la fin et uniquement à la fin : Le débriefing.
A l'instar du "cockpit talk", les officiers répètent entièrement la cérémonie, en la racontant avec détails, en mimant les gestes. On verbalise ainsi chaque action : « Le Vénérable Maître ouvre les travaux en donnant un coup de maillet… », « Le Frère Diacre conduit le candidat à l’Est… »
On peut également utiliser la technique des ancres mentales pour la sérénité rituelle, ainsi chaque officier peut se créer une ancre personnelle comme toucher le bijou de son office ou se presser légèrement le pouce contre l’index, ou encore inspirer profondément en pensant au symbole qui lui parle le plus. Dès qu’un doute ou une hésitation apparaît, l’ancrage ramène instantanément au calme et à la présence.
Les bénéfices attendus d'un tel exercice sont autant utiles à la Loge qu'aux frères qui le déploie : Réduction du stress et des erreurs, amélioration de la fluidité et de la synchronicité, renforcement du sentiment de fraternité et d’unité, meilleure transmission de l’expérience initiatique au candidat et surtout transformation d’un exercice parfois mécanique en une véritable œuvre collective sacrée.
Ce n'est vraiment donc pas négligeable, mais plus concrètement, voici un exemple de ce que cela pourrait donner :
…/…
Tuileur qui commence : je frappe 3 coups à la porte qui ne sont ni les coups du Grade, ni d'un autre Grade.
Garde Intérieur : Je me lève, depuis ma place face à l'Est je fais le pas et me met à l'ordre et je dis : Frère 2nd Surveillant, on frappe.
2nd Surveillant : je frappe 3 coups sur le même rythme que celui du Tuileur, je me lève face au nord, je fais le pas et me met à l'ordre, puis je tourne seulement la tête vers le Vénérable Maitre et je dis : Vénérable Maitre, on frappe... et je reste à l'ordre.
Vénérable Maître : Frère Second Surveillant, voyez qui demande à être admis.
2nd Surveillant : Voyez qui demande à être admis et là je quitte l'ordre et me rassois.
Garde Intérieur : Je fais le Signe et je vais à la porte. Je l'entrouvre, je mets mon pied dedans pour la bloquer et je dis : Qui va là ?
Tuileur : Monsieur T... un pauvre candidat...
Garde Intérieur : Comment espère t'il ....
Tuileur : Par le secours de D. et parce que je suis libre et de bon renom
Garde Intérieur : Arrêtez et attendez que fasse mon rapport au Vénérable Maitre, et là je referme la porte, retourne devant mon siège, je me mets à l'ordre, et je dis : Vénérable Maitre, Monsieur T, un pauvre candidat... et je reste à l'ordre
Vénérable Maître : Comment espèce t'il obtenir ces privilèges ?
Garde Intérieur : Par le secours ....
Vénérable Maître : La langue du bon renom ...
Garde Intérieur : Je m'en porte garant ....
Vénérable Maître : Puisqu'il en est ainsi, Frère Diacres, qu’ils soient admis en due forme
1er Diacre : Je me lève, je prends ma canne et je remonte la colonne du nord.
2nd Diacre : Je me lève, je rejoins le Premier Diacre au Nord-Ouest.
Directeur des Cérémonies : j'amène l'agenouilloir au point de salut, puis je me mets en retrait à l'arrière.
Garde Intérieur : Lorsque les Diacres sont prêts, j'ouvre la porte en grand et à l'approche du candidat, je pointe le poignard sur son cœur et je dis, sentez-vous quelque chose ?
2nd Diacre : Je prends le candidat fermement de la main gauche, et je lui dis d'avancer en commençant du pied gauche et je l'amène devant l'agenouilloir.
Garde Intérieur : Je referme la porte et je dépose le poignard sur le bureau du Premier Surveillant et je retourne à ma place.
1er Diacre : Je me place à la droite du candidat.
Vénérable Maître : Monsieur T, comme personne ne peut être reçu....
2nd Diacre : je souffle au candidat de répondre OUI
VM : Puisque j'ai reçu cette assurance…puis je me lève et me met au Signe de Respect indiquant à tous de faire de même.
2nd Diacre : j'aide le candidat à s'agenouiller, puis avec le Premier Diacre nous croisons les cannes et me met au Signe de Respect.
1er Diacre : je croise ma canne avec le Second Diacre et me met au Signe de Respect.
Vénérable Maître : Toc (à la voix)
1er Surveillant : Toc
2nd Surveillant : Toc
Chapelain : Daigne, Père Tout-Puissant ...
PMI : Ainsi soit-il, je quitte le Signe de Respect indiquant à tout le monde de faire de même
Vénérable Maître : Dans toutes difficultés....
2nd Diacre : je souffle au candidat de répéter En dieu
Directeur des Cérémonies : je me rapproche par le Sud du Premier Surveillant pour récupérer l'agenouilloir.
Vénérable Maître : Je suis très heureux de .... puis je me rassois, indiquant ainsi à tous de se rassoir.
2nd Diacre : j'aide de le candidat à se relever et je le repends fermement de ma main droite.
Directeur des Cérémonies : je récupère l'agenouilloir et je me replace
Vénérable Maître : Toc (à la voix)
1er Surveillant : Toc
2nd Surveillant : Toc
Vénérable Maître : Les frères placés ....
2nd Diacre : je dis au candidat d'avancer en commençant par le pied gauche et je longe la colonne du Nord vers l'Est, puis je tourne à l'équerre avec le candidat qui fait pivot......
Directeur des Cérémonies : Je vais déposer l'agenouilloir devant l'autel et je suis la déambulation pour retourner à ma place.
1er Diacre : Je récupère le poignard et je suis en arrière du candidat et j'amène le poignard au Vénérable Maître, puis je reprends ma place
2nd Diacre : J'arrive à hauteur du Second Surveillant, je dis au candidat de faire quelques pas chassés sur la gauche, afin de le placer à hauteur du Surveillant et je frappe l'épaule du surveillant avec le poing du candidat
2nd Surveillant : Qui va là ?
2nd Diacre : Monsieur T, un pauvre candidat ...
2nd Surveillant : Comment espère-t-il obtenir ces privilèges ?
2nd Diacre : Par le secours ….
2nd Surveillant : Je me lève et je tends la main
2nd Diacre : je place la main du candidat dans la main du Surveillant
2nd Surveillant : je fais un mouvement de passer avec la main du candidat et je dis, Entrez, puisque vous êtes né libre et de bon renom, puis je rends la main au Second Diacre …
Etc … etc …
En intégrant ces techniques de travail, indéniablement, les Loges ne produiront plus seulement des cérémonies correctes, mais des cérémonies parfaites, où chaque geste, chaque mot et chaque silence devient une note d’une symphonie sacrée. Ne parle-t-on pas de "musicalité" du rituel ?
La Loge ne sera plus seulement un lieu de réunion, mais un espace où l’esprit collectif s’élève au plus haut niveau de l’art.
Rappelons-nous toujours qu'une cérémonie doit être un cadeau fait au candidat par les frères qui la réalisent, et je pense que vous n'apprécierez pas vous même un mauvais cadeau, un cadeau cabossé, voire totalement cassé.
Une cérémonie, c'est un cadeau dont on doit être fier.
Bonne répétition.