Rudyard Kipling
19 Mai 2026

Décors maçonniques, parole d'expert

 

[Verbatim de la conférence donnée par le frère Philippe R. le 12 décembre 2012 à la suite de la conférence sur la « vêture du maçon ». Le frère Philippe est un expert en décors maçonniques, expert reconnu et un fabricant de décors maçonniques de haute réputation.]

 

Bien vénérable Maître, j’ai le plaisir de prendre la suite de votre présentation.

Nous ferons les commentaires à la toute fin, comme vous l’avez proposé, car il faudra essayer de trouver quelques minutes pour laisser à nos frères la possibilité de poser quelques questions.

[Les échanges sont repris textuellement à la fin de ce propos.]

Parce qu’effectivement, le sujet est vaste.

« Mon frère X. Sur l’ordre du vénérable Maître, je vous revêts de l’insigne distinctif d’un maçon. Il est plus ancien que la Toison d’or ou que l’aigle romaine. Plus honorable que la Jarretière ou que tout autre ordre au monde, car c’est la marque de l’innocence et le symbole de l’amitié. Je vous exhorte de toutes mes forces à le porter et à le considérer toujours comme tel. Et je vous déclare en outre que si vous ne déshonorez jamais cet insigne, il ne vous déshonorera jamais. »

Voici ce que nous donne le rituel, au moment où le Premier Surveillant va revêtir le nouvel initié dans la loge, et on voit à quel point on a donné à cet insigne une valeur symbolique haute, une force, un sens.

Alors, la première question est de savoir d’où viennent ces décors que nous portons.

Qui n’a pas eu l’occasion, quand on peut voyager, d’aller dans d’autres loges, d’entendre des planches sur les décors maçonniques et sur le tablier lui-même ?

On va vous dire ici qu’il s’agit des restes des décors des tabliers portés dans les rites d’initiation de Mithra. Ailleurs, ça va être des documents que l’on a retrouvé au Japon, où l’on voit dans des initiations le candidat qui porte là aussi un tablier blanc. Certains disent que Saint Jean-Baptiste aurait été ceint d’un tablier blanc. On va vous dire que l’on a retrouvé des statues grecques et égyptiennes avec des tabliers. On va vous parler de la Toison d’or, de l’agneau pascal, de tout cela...

Malheureusement, je dois vous dire que tout ceci n’a absolument rien à voir avec les tabliers que nous portons, ou du moins avec les origines auxquelles tout cela se rattache.

Les origines des tabliers maçonniques que nous portons sont très simples : il s’agit simplement d’un tablier de travail, sans plus !

Alors ce tablier, pourquoi est-ce qu'il est en agneau ?

Il est en agneau parce qu’il suffit d’avoir un peu parcouru l’Écosse ou l’Angleterre pour se rendre compte qu’on y trouve quand même beaucoup plus d’agneaux que de chèvres.

De plus le format correspond bien, l'épaisseur correspond bien et il est blanc.

Pourquoi ? Parce que l'agneau est naturellement blanc, alors il est un petit peu plus gris que celui qu'on trouve d'habitude. Mais l'agneau, c'est blanc.

Donc en fait, nous avons des tabliers en agneau qui sont issus simplement d'éléments de travail.

Je pense qu’il est toujours bien de pouvoir voir de quoi il s’agit ; aussi, je vous ai amené une peau d’agneau. Elle n’a pas été travaillée : elle sort juste de la tannerie, la voici…

Je vais vous montrer un peu comment on utilisait une peau d'agneau à l'époque pour en faire un tablier.

Alors, je vais peut-être demander à un top model de me rejoindre, et je vais ainsi pouvoir vous montrer comment on le portait à l’époque.

Alors, ceci est le cou. Ici, là et là, les pattes. Les pattes antérieures ; ici, les pattes postérieures.

[Tenu de haut en bas, plaqué à la ceinture, les pattes avant servant à le ceindre, et la partie de peau du cou pendait devant.]

Voilà, il se portait de cette manière-là.

Les pâtes étaient tirées ici, et on y mettait une ficelle de chaque côté, et donc forcément le cou formait la bavette en retombant de cette manière-là.

Voilà le tablier du maçon opératif : c’est assez simple, c’est comme ça que ça se portait.

Alors effectivement, comme il fallait deux cordes, on prenait ces cordes et on les passait par derrière ici, et puis on faisait un tour, on le faisait tenir comme on pouvait. Alors ça redescendait comme on pouvait. Voilà comment on passait exactement un tablier.

C'est le tablier que l'on prenait à l'époque, et si on voulait avoir la bavette remontée parce que parfois ça pouvait être utile, et donc il y avait un trou à l'intérieur, ici, à ce niveau-là qui permettait de l'accrocher à un bouton de son plastron.

Voilà quel est l’ancêtre de notre tablier.

Les origines :

Alors pour comprendre et connaître les origines des décors que nous portons, nous avons en fait assez peu de textes. En revanche, nous avons beaucoup d'iconographies, et ayant la chance de posséder pour mon activité une iconographie assez vaste, avec de nombreuses gravures maçonniques et pré-maçonnique, c’est à dire avant la maçonnerie dite spéculative et dans tous les cas non-opérative. Avec ce matériau, on peut suivre assez facilement la progression des décors que nous portons, depuis justement cette peau jusqu'à ceux que nous portons aujourd’hui.

Le premier témoignage que nous avons d’un premier maçon non opératif portant un tablier, un décor maçonnique, c'est le retour de notre ami Anthony Sayer, que nous avions suivi dans les rues de Londres jusqu'à son accession à être le premier Grand Maître de la Grande Loge de Londres et de Westminster.

Et bien notre ami Anthony Sayer (1672 – 1741), quand il pose pour son premier portrait officiel, et bien ça donne ça, et on voit qu'il a ici la bavette du tablier, qui est ici là, il a la main dessus comme ça.

Alors malheureusement, on n'a pas la suite, on n'a pas la fin ici là, mais on voit bien qu'il porte un tablier, et un tablier, disons un peu un peu informe, de cette de cette façon-là

La deuxième gravure qui nous montre de manière authentique, c’est-à-dire sur laquelle on n’a pas d’interrogation, des tabliers, des décors maçonniques, il s’agit de celle du frontispice des Constitutions d’Anderson de 1723, où l’on voit sur le côté un personnage qui porte un tablier sur son avant-bras.

On voit donc qu’il s’agit d’un grand tablier, du même type que celui-ci.

Alors, quelle est la première mention des décors maçonniques dans la maçonnerie non-opérative ?

Cette fois-ci il faut prendre les Constitutions de 1738, où l’on voit un point du règlement général, adopté en 1731, qui parle pour la première fois des décors maçonniques en général.

Et ce passage des règlements généraux du 17 mars 1731 indique :

“Le 17 mars 1731, la Grande Loge décida pour mettre fin à des irrégularités que seul le Grand Maître, et son Député, et ses Surveillants, porteront leurs bijoux en or suspendu autour du cou à un ruban bleu, et un tablier de cuir blanc avec de la soie bleue. Le même tablier pourra aussi être porté par les anciens Grands Officiers.”

Un peu plus loin, on continue en disant : 

“Les maîtres et surveillants des loges particulières peuvent border de soie blanche leur tablier de cuir blanc et suspendre autour du cou leurs bijoux à un ruban blanc.”

Un peu plus loin, il est dit :

“Les stewards de l’année furent autorisés à avoir un bijou d’argent suspendu autour du cou à un ruban rouge, à porter une baguette blanche et à border leurs tabliers de cuir blanc avec de la soie rouge. Les anciens stewards furent aussi autorisés à porter la même sorte de tablier.”

Alors, ce qui est intéressant à voir là-dedans, c’est que le bleu est réservé aux Grands Maîtres et à leurs Officiers [les Officiers de la Grande Loge], et uniquement eux. Les autres sont autorisés, en tous les cas pour ce qui concerne les officiers, à porter un liseré blanc. Rien d’autre pour ceux qui ne sont pas officiers.

Alors il s’agit d’un liseré, et effectivement on en revient à ceci. On s’est mis forcément à le découper un peu mieux, tel qu’on le voulait et selon la manière dont il était tanné. Puis on commence à lui mettre des bordures pour mieux le finir et une doublure qui apparaît quand la bavette retombe. Donc, petit à petit, tout le monde a commencé à faire comme ça.

Mais la Grande Loge a bien montré qu’il y avait des couleurs réservées.

L'or est pour la Grande Loge et le bleu uniquement pour la Grande Loge, et on lit qu'il y a une exception : les Stewards.

Je ne vais pas rentrer dans ce que sont les Stewards, [on en a parlé ici], je vous fais passer cette gravure : c’est un Steward en 1730 qui a le cordon rouge.

Je ne vais pas rentrer dans le détail de ce que sont les Grands Stewards et ce qu'ils sont aujourd'hui encore, nous aurons l'occasion un jour d'en parler, parce qu'ils ont joué un rôle prépondérant dans la construction de la maçonnerie moderne.

Mais je voudrais vous montrer une photo actuelle, qui date d'il y a quelques années. C'est une photo qui a été prise en Grande Loge. Dans la Grande Loge unie d'Angleterre, une photo de tenue de Grande Loge où vous pouvez voir tout en haut des colliers bleu ciel, Ils sont posés tout en haut, et plus on descend, plus on a des colliers bleu marine, et on peut voir qu’en bas, il n'y a que des colliers et des tabliers rouges.

Les Grand Steward sont ceux qui sont devant. Ils sont devant tous les autres, toujours devant qui que ce soit, et déjà dès 1730, ils avaient des prérogatives et des possibilités particulières. 

Pourquoi ?

Parce que dès le départ, c'étaient eux qui organisaient tout : Ils organisaient les tenues de Grande Loge, ils organisaient les loges, et donc forcément, on avait besoin d'eux.

Ils organisaient tout ça généralement sous leurs fonds propres, et sur leur temps personnel, ce qui fait que l’on avait plutôt intérêt à les valoriser, et donc à ce qu'ils aient quelques privilèges par rapport aux autres.

Je vais vous faire passer un certain nombre d'autres gravures qui sont aussi en fait très intéressantes, et qui montrent, celle-ci est de 1736, elle est fort connue puisqu’il s'agit de l'ensemble des loges qui existent à Londres à cette époque-là.

C'est tout le tableau des loges de Londres et devant on y voit un certain nombre de frères qui portent des tabliers, et que ces tabliers sont effectivement les mêmes que ceux-ci, certes un peu mieux découpés, mais qui sont exactement les mêmes : blancs, découpés, sans bordure.

La même année 1736, par contre, William Sinclair, Conte de Roslin, il est Grand-Maître des maçons, et il porte donc aussi un tablier.

Et on le voit bien, si l'on regarde de près, que son tablier a une bordure. On voit aussi qu'il est toujours aussi grand, puisque c'est toujours le même qui est fait avec une peau d'agneau, attaché de la même manière, mais on voit aussi que lui a droit à une bordure.

Quand on représente d'ailleurs les maçons de l'ancien temps, comme ici dans cette gravaure allemande en 1738, où les opératifs sont représentés avec ces mêmes tabliers.

Et puis, un jour, il faudra que nous fassions un travail sur William Hogarth. Vous avez ici les trois représentations de “The Night” qui montrent : [Ce travail a été fait en 2015 : William Hogarth, artiste peintre et graveur du 18e, franc-maçon et publié en 2025]

il y a deux gravures et une peinture, toutes trois réalisées par William Hogarth, qui montrent un Vénérable Maître, ici tenu par le tuileur. On voit l’épée, et on voit bien son tablier, qui est de 1738 : il est toujours le même.

C’est une gravure très drôle, où il reçoit un pot de chambre sur la tête, etc. C’est vraiment fantastique à voir, et ça apprend beaucoup de choses, en plus de ça, sur la société londonienne au XVIIIe siècle. Nous aurons l’occasion d’y revenir, mais enfin, en tous les cas, on voit bien qu’ils portent, de la même façon, toujours ce même tablier.

Quelques années plus tard, Hogarth, qui est franc-maçon, continuera à faire des gravures sur la maçonnerie, et sur cette gravure qui s'appelle « the Mystery of Masonry brought to light by the Gormogons ».

En fait, dès l'apparition de la maçonnerie, il y a eu énormément de “masonic mocking”, c'est-à-dire que l’on s'est moqué des francs-maçons. On s’est moqué gentiment ou méchamment, mais on s'en est moqué, mais comme on se moquait de tout à l'époque et Hogarth lui-même franc maçon n'hésitait pas à en rajouter.

Cette gravure, il faudra qu'on l'étudie aussi un jour. On y trouve Jean Théophile Désaguliers. On y trouve énormément de choses, on en aurait pour des heures à la décrire, mais on voit toujours nos frères avec les mêmes tabliers, exactement les mêmes. [Cette étude a été publiée en avril 2026 ici]

En France, nous sommes en 1740, et Gabanon, fort connu pour ses gravures maçonniques, nous donne exactement les mêmes tabliers : les mêmes grands tabliers en peaux, exactement les mêmes.

En Allemagne, nous sommes en 1750 : nous avons aussi, dans ce diorama en couleur (c’est très joli), exactement les mêmes tabliers.

En fait, pendant toute la première partie du dix-huitième siècle, les maçons porteront des tabliers de ce style-là. Il faudra attendre le milieu du dix-huitième siècle pour que les tabliers commencent à s'orner, puisque forcément, la nature ayant horreur du vide, petit à petit on va commencer à peindre sur ces tabliers. On va commencer à broder sur ces tabliers.

On a ici, deux bons exemples :

Une assez précoce, qui est le la première de couverture de « l'Ordre des Francs-Maçons trahis et le secret des Mopses », où l'on voit de manière assez claire ce tablier avec les pattes qui sont sur les côtés, qui ont commencé à rapetisser, mais sur lequel on a commencé à mettre des symboles. Voilà, le cycle commence.

On verra, on regardera avec intérêt cette très belle gravure de James Gillray - 1756-1815, où l'on voit le comte de Cagliostro visitant une loge. Et vous pourrez remarquer, parce que là c'est cette gravure est très intéressante car elle date de 1785. Elle est très intéressante parce qu’on a de nombreux tabliers, on a de nombreux frères, on peut en voir de nombreux et on voit qu'ils ont tous des tabliers qu’ils sont tous sensiblement différents les uns des autres.

Alors, en fait, depuis la moitié du XVIIIe siècle jusqu’à environ les années 1880-1890, ces tabliers, nouvellement décorés, vont être décorés à la maison. Ils vont être brodés par l’épouse, peints par un ami.

On connaît cette histoire du tablier offert par Lafayette à George Washington : c’est la femme de Lafayette qui a brodé le tablier.

Ça se faisait beaucoup à l’époque ; les femmes étaient très expertes dans la broderie, à la maison, ou alors on les peignait : on demandait à des artistes peintres de faire des décors directement sur le tablier.

Il faudra attendre donc ces années 1780-1790 pour que les premiers fabricants de décors commencent à apparaître, et commencent à proposer des décors et là, à partir de 1780-1790, on va commencer à pouvoir aller chez son fabricant de décor et lui demander de composer le tablier que l'on a envie de voir.

Il a un certain nombre de patrons, avec des symboles dessus, et donc on va le composer soi-même. C’est pour ça que, quand on regarde… Je vous ai amené un livre, qui est un très beau livre, très bien fait. Il ne faudra surtout pas regarder les décors actuels parce qu’ils sont très laids, très mal faits, mais il s’appelle : “La peau, l’or et la soie”. Par contre, vous avez de très belles photos de décors d’époque, et on voit bien la différence qu’il y a entre ceux d’époque et ceux d’aujourd’hui.

C’est vraiment un très beau livre et il y a de très belles choses dedans, de très belles photos.

Donc va commencer à arriver de nouveaux fabricants comme Brun et Guerin au Port Royal par exemple, qui vont commencer à proposer des patrons pour pouvoir composer ces tabliers selon ses envies, on va pouvoir les peindre aussi. On a aussi quelques publicités de leur part disant, recommandant comment ils font bien les choses, les peintres de Paris étant bien meilleurs que ceux de Lyon que l'on a jusqu'à présent, et cetera. C'est très drôle à voir.

Alors, jusqu’à environ le début du 19e siècle, les obédiences vont commencer à prendre la main sur les décors. C’est à partir du début du 19e que les obédiences commencent à réguler tout ça.

Comme vous l'avez dit tout à l'heure [le frère Philippe fait référence au propos sur la “véture du maçon”], pour la Grande Loge d'Angleterre, il faut attendre les années 1815, juste après l'Union et là, effectivement, on commence à établir de manière claire, au centimètre près, comment doit se faire un tablier. C'est à ce moment là où l'on va commencer à officialiser la rosette par exemple : le fait d'avoir 2 Rosettes puis 3 comme ici sur un tablier de maitre.

Mais en France, on fait la même chose.

En France, je vois des tabliers rouges du REAA, et bien ça a été codifié en 1806 par le suprême Conseil qui a décidé, surprenant tout le monde d'ailleurs, de prendre la couleur rouge comme couleur symbolique du REAA.

Rouge, parce que l'on est en 1806, on est en plein dans l'Empire et donc on préfère de loin la Légion d'Honneur à l'ordre du Saint-Esprit. L’ordre du Saint Esprit est bleu, bleu celeste, la Légion d’Honneur est rouge, donc dans la décision c'est un critère qui a beaucoup pesé. Dans tous les cas, à partir de là, on va réguler les décors du REAA, d'abord ceux des Hauts-Grades forcéments, puis plus tard ceux des 3 premiers qui arriveront vers 1820 avec la fixation des rituels 

Quoi qu'il en soit. Il y a une différence assez importante entre les maçons anglais et les maçons français puisque chez les Français ont a toujours beaucoup plus décoré ses tabliers.

Effectivement, si on trouve des tabliers anglais décorés depuis assez longtemps, cela a très vite été régulé. Alors qu'en France, il y a quand même eu beaucoup plus de possibilités et ça a perduré assez longtemps, et cela continue aujourd'hui encore.

Selon les obédiences, il peut y avoir une assez grande liberté dans les décors, pour lesquels on peut adopter des choses différentes, que ce soit en dessins et même en broderies, qui sont composables par le frère lui-même.

C’est quelque chose qui en Angleterre n'est même pas envisageable.

Alors voilà, j'ai fait un rapide tour d'horizon sur tout cela, mais pour finir, je vais vous faire faire un petit voyage sur les décors dans le monde afin de vous donner des petits éléments de compréhension sur comment cela se fait ailleurs ?

Donc en Angleterre, on a vu !

En France, on a vu !

En Écosse, les Écossais et comme les Irlandais d'ailleurs, ont repris les règles édictées de la Grande Loge d'Angleterre, c'est-à-dire toujours le système des rosettes, des taux, et cetera. Mais ils ont gardé une bavette arrondie, et aussi divers symboles qu'ils viennent mettre sur le haut de la bavette.

Contrairement à ce que l’on croit parce que c’est ce que l'on voit en loge en France, en Écosse, les tabliers ne sont pas en tartan écossais : ils sont plutôt bleus, verts et même rouges, selon les différentes régions. Certaines loges, rares, ont des tartans, mais elles sont quand même excessivement rares.

Il n’y a qu’en France où, effectivement, on a choisi des tartans pour faire encore plus écossais qu’Écossais, par imitation, mais c’est français, ou “fran-ssais”. On a d’ailleurs choisi le tartan Stuarts, le rouge et jaune pour les décors du standard d'Écosse. C'est très joli et il fallait bien choisir quelque chose, donc pourquoi pas ! Mais c’est seulement français... on ne le voit pas ailleurs.

Les Irlandais ont des décors à peu près similaires aux anglais. Vient se rajouter souvent le numéro de la loge qui vient au milieu du tablier.

Les plus beaux décors et les mieux habillés de loin, ce sont les Suédois. J'ai eu la chance de participer un jour, je ne vais pas dire quand, à la consécration d'une Grande Loge où j'ai pu voir des tabliers de partout dans le monde, des tabliers de Grand Maître, mais aussi des tabliers de Maîtres, et cetera, et je dois dire que j'ai été absolument “esbroufé” par les frères suédois qui ont des tabliers tout à fait originaux, qu'on n'a jamais vus, mais en plus de ça, ils sont habillés en en habits avec un plastron blanc, un nœud papillon blanc et un haut-de-forme. Et j'avoue que tout de suite, comme on dit aujourd'hui, ça le fait ! Ça le fait, c'est vraiment, c'est vraiment très beau, très beau à voir.

Autrement, ailleurs en Europe, et bien selon les influences que peuvent avoir, outre le Rite de Schroeder où les tabliers sont quand même assez simples, en Espagne ou dans les autres pays, c’est très variable : si les usages sont très proches des anglais, les frères vont avoir des tabliers Émulation ou à l'anglaise, soit s’ils sont plus proches des constitutions françaises, là les frères auront des tabliers dans le style REAA, comme on les connait ici avec le M et le B, avec rien de vraiment spécial.

Aux États-Unis, nous avons vu tout à l’heure que les premiers règlements généraux établis en 1731 disaient que seule la Grande Loge avait le droit au tablier bleu, et que les autres avaient droit au tablier blanc. Et bien aux États-Unis, seuls les officiers portent des tabliers bleus, les autres frères portent eux des tabliers blancs, bordés de blanc.

Alors certains jouent au plus fin en essayant de faire des broderies blanches sur du blanc. Il y a tout un tas de petits jeux d’essais là-dessus pour essayer d’avoir quand même quelque chose, mais non : même le maître a un tablier blanc bordé de blanc.

Dans certaines loges, d’ailleurs, vous avez des distributeurs de tabliers quand vous y entrez : des distributeurs de tabliers en papier. Vous tirez votre tablier en papier et puis vous mettez ça autour de la taille ; ça vous dure le temps de la tenue et, à la fin, vous le jetez.

Par contre, les officiers de la loge ont eux de superbes décors, et là on investit sur le fait d'avoir des beaux décors. Ils ont par d'ailleurs souvent un chapeau ou un haut de forme aussi de la même manière.

Le Massachusetts a des tabliers différents, eux, ils ont des tabliers bleus, bleus Cambridge, exactement, celui-dont vous parliez [en référence à la conférence précédente, la Véture du maçon].

Certains autres États ont eux des constitutions un peu particulières, mais en général c'est plutôt le tablier blanc pour les Maîtres et des tabliers bleus pour les Royal blue, c'est-à-dire bleu foncé soutenu, proche du Garter Blue de l'époque. C'est de là dont il vient.

Si on descend un peu dans l'Amérique du Sud, on va retrouver, selon les différentes constitutions auxquelles on est rattaché, des tabliers assez proches de ceux que l'on que l'on connaît en Europe, avec toutefois quelques selon les particularités locales, pourrait-on dire.

Ainsi, en Argentine par exemple, le REAA y est souvent pratiqué avec un tablier bleu ciel et non pas rouge.

Pourquoi ? Parce qu'en fait, ils ont reçu en même temps le rite français et le REAA et donc il le pratiquait avec le même avec le même tablier, et donc on est étonné d'avoir des maçons REAA en Argentine avec des tabliers bleus.

En Colombie par exemple, on va retrouver des frères qui travaillent au REAA, mais avec des tabliers bleus Royal Blue. Pourquoi ? Par proximité avec les États-Unis ou c'est le ce bleu-là qui est utilisé.

Au Mexique, ils ont des sautoirs blancs mais bordés de rouge, c'est-à-dire qu'il reste dans le blanc, mais comme c'est quand même du REAA et bien on a mis des petites bordures rouges sur les côtés.

Voilà, il y a encore beaucoup d'autres petites spécificités comme ça, mais je voulais vous faire voyager un petit peu avant de terminer mon propos et de nous ouvrir aux questions que vous désirerez.

 

Échanges :

Nous sommes en suspension de travaux, donc vous pouvez parler librement, mais dans l'ordre.

Q : Mon frère Philippe, je vous vois porter un tablier qui ne correspond pas aux Bleus que vous évoquez depuis tout à l'heure.

R : Et bien justement, c’est pour vous, pour vous faire honneur ce soir. Je ne le sors que rarement, mais il y a une quinzaine d'années, j'ai été fait Grand Steward et donc je vous ai sorti ce tablier en question de manière à ce que vous puissiez le voir.

Regardez le bien car vous ne le verrez pas souvent, du moins pas sur beaucoup de frères en France, mais au-delà de ça, parce que moi-même je ne le porte pas très souvent.

Pas très souvent car c’est un tablier les plus difficile à porter tant il est chargé d’histoire.

[et d'ailleurs l'histoire de la Loge des Grands Steward se trouve ici]

Comme vous le voyez, il est lie de vin rouge conformément aux prescriptions qui sont données pour ces décors, avec un très joli bijou qui représente une corne d'abondance, une « cornucopia » posée sur un fond rouge, et non pas le bleu de la Grande Loge.

Q : Quand on a voyagé comme vous l'avez pu le faire, et quand on a certainement porté beaucoup de tabliers différents, qu'est-ce qui peut conduire à porter plutôt celui-ci de celui là ?

C'est assez simple : Il faut-il faut porter le tablier de votre rite, et puis celui auquel vous avez droit, c'est à dire que si vous êtes apprenti, vous portez un tablier d'apprenti dans le rite dans lequel vous avez été reçu maçon.

Et puis il y a les petites variantes. À Émulation, par exemple, la bavette n'est pas relevée, et il y a d'autres rites où la bavette est arrondie, d'autres où le tablier lui-même est arrondi. C’est un fait, il en existe plein, et dans plein de formes.

Nous sommes à Émulation si vous êtes apprenti à Émulation, et bien vous portez un apprenti Émulation, il est blanc, et quand vous êtes Maître à Émulation, et bien vous avez 3 rosettes et une bordure bleu ciel, et quand vous êtes Passé Maître, donc vous avez eu le privilège d'être assis dans la chair, et bien vous portez des Tau à la place des rosettes, et surtout vous devez porter obligatoirement un collier de Passé Maître, avec une ligne or ou argent, et un bijou.

Voilà, ça se limite à ça. Mais ensuite après, vous avez effectivement des tabliers de Grandes Loge, parce que vous occupez un poste à la Grande Loge Provinciale ou même au National et donc vous portez des décors qui sont liés à votre fonction, ou du moins qui permettent de la représenter. Ce n’est pas lié à l’homme, mais bien à la fonction …

Nous dans notre Loge, nous n'avons pas de Grandes Loges, c'est un bonheur absolument incroyable, et donc nous n'avons pas ce genre de tablier.

Celui-ci est un tablier de Grands Steward pour pouvoir le porter, il faut avoir été nommé Grand Steward à un moment dans sa vie, et uniquement par ses pairs, car ce n’est pas un tablier de la Grande Loge. C’est au-dessus …

Mais lui aussi vous ne le portez que quand vous êtes en fonction, si vous devez être en fonction. Là, je ne suis pas « actif » dans la fonction, on dit donc que je suis « passé » dans la fonction et là, je ne l'ai fait que pour vous le montrer.

On ne devrait pas porter des décors d’une fonction « actif » que l’on occupe plus, voire que l’on n’a jamais vraiment occupé. Il existe des médailles ou des bijoux de fonction « passée » pour ça…

Q : J'ai une question sur les tabliers qui sont fait pour les sœurs et ceux pour les frères. Est-ce qu'il y avait des signes distinctifs entre les tabliers pour les sœurs et les tabliers pour les Frères, ou ce que les tabliers étaient les mêmes, ou au contraire on avait quelques signes qui indiquaient que c’étaient des tabliers portés par les sœurs et d'autres portés par les frères.

Alors dans l'ordre des Mopses, ce dont on vient de précédemment parler, les membres n’ont pas de tabliers.

Dans la seule gravure assez ancienne dont on dispose s’agissant d'une femme, qui est Elizabeth Adlsworth née Saint Leger (1692/95-1772/73), effectivement elle a un petit tablier gentillet et brodé. Mais c'est une gravure qui est très tardive, donc on ne sait pas vraiment dire ce qu'elle portait à l'époque, et si même d'ailleurs celle-ci a vraiment existé, car enfin là aussi c’est un peu légendaire.

Mais bon, il faut bien voir une chose, c’est qu’il n'y a pas de décors spécifiques pour les femmes.

Les femmes ont simplement adopté ce qu'ont fait les hommes à un certain moment, voilà ! On est dans la maçonnerie, les femmes sont « entrées en maçonnerie », entre guillemets à un certain moment et elles ont adopté les tabliers qu'elles y trouvaient et après elles ont fait comme elles voulaient.

C’est ce que d'ailleurs chaque rite maçonnique a fait : chacun a fait ce qu'ils voulaient avec ses tabliers, et il n'y a pas de spécificités, et dans tous les cas aucune spécificité qui pourrait se rattacher à une tradition. Comme on l'a vu, ces tabliers sont des tabliers d'opératifs qui étaient simplement portés la plupart du temps par des hommes.

Alors il se pouvait très bien, et c'est ce que j'expliquais la dernière fois, lors de la dernière tenue, que contrairement à ce que l'on croit souvent, les femmes à l'époque puissent avoir une entreprise de maçonnerie. D'ailleurs, elle pouvait avoir n'importe quelle entreprise et c’étaient les circonstances qui faisaient ça. Il faut comprendre que les choses dans les temps anciens étaient répartis de manière très simple : les femmes, c’étaient à l'intérieur et les hommes, c'étaient à l'extérieur. C'est comme ça qu'on se répartissait les choses, et c'est aussi pour ça que les hommes avaient seuls le droit de vote, parce qu'ils votaient pour la famille, ils ne votaient pas que pour eux, ils votaient pour la famille. Et si l'homme venait à mourir, et bien la femme prenait ce droit de vote et était habilitée à aller voter, puisqu’elle était obligée, par voie de conséquence, d'être cette fois-ci à l'intérieur et à l'extérieur. Donc elle reprenait l'entreprise de boucherie ou de chaudronnerie de son de son mari, et si c'était une entreprise de maçonnerie et qu'il fallait qu'elle mette un tablier pour aller taper sur les pierres, peut-être le faisait elle. Mais au départ, effectivement, ce n'était pas conçu de cette manière.

Q : Alors juste une petite chose, j'aurais voulu parler de l'attache du tablier. On n'a pas parlé de l'attache qui est assez symbolique aussi, et est-ce qu’il y a une petite explication autour de ça, autour de ce symbole ?

R : C'est assez simple, pendant très longtemps, comme on l'a vu, c'était un cordon que l'on prenait comme ça, on faisait le tour de la taille et on refaisait le tour par devant puis un nœud. Des petites houppes en cout de cordons permettaient de terminer de manière que cela fasse joli, et depuis ce moyen a été remplacé par une attache pour que cela soit plus simple.

Mais c’est juste de la passementerie comme ci-dessous et c’est un système de crochet qu’utilisaient déjà les armées napoléonienne ou anglaises de la première guerre. C’est donc très classique.

Dans les faits et comme souvent, ce sont surtout les fabricants de décors qui l’ont ajoutée parce qu’ils trouvaient que c’était plus facile pour l’attacher et que c’est un moyen plus solide qu’il suffit de le coudre pour que cela améliore la finition.

C'est effectivement au 19e siècle que cela est ajouté aux tabliers, puisque les premiers serpents que l'on trouve dans la passementerie date du dix-huitième siècle, et c'est simplement l’attache qui a fait qu’on lui a ensuite donné un sens symbolique et non pas le contraire, le serpent qui a fait l’attache.

Il faut dire qu'il a été plus facile de trouver un système d'accroche de cette manière-là, en forme de S, et d'ailleurs les premiers systèmes d'accroche ne sont pas des serpents, mais cela s’est fait assez naturellement puisque sa forme en S comme un serpent a poussé les fabricants à les frapper en serpent.

Il y a d'ailleurs de très beaux, des accroches serpents comme ça, que vous pouvez retrouver puisqu’ils en montrent une dizaine sur le site qui est très bien fait d'ailleurs de La Grande Lodge of British Columbia and Yukon : freemasonry.bcy.ca, cherchez sur leur site internet et vous verrez des très beaux, des très belles attaches.

Q : Encore une question, où sont conservés les couleurs ? C'est à dire que le temps a passé et il y a des couleurs qui sont codifiées comme on parlait de bleu. Est-ce que dans un endroit précis, la couleur, la couleur originale, enfin celle qui doit être utilisée est déposée ? Est-ce que c’est marqué quelque part, est ce qu’il y a un étalonnage ? C'est-à-dire, comment est-ce qu'on fait pour reproduire à l'exactitude les couleurs dont on parlait tout à l'heure ? C’est-à-dire que des Bleus, il y a des nuances, il peut y en avoir beaucoup et comment on fait pour pas se tromper, c'est à dire pour vraiment utiliser la bonne teinte de bleu. Est-ce qu'il y a quelque part il ? Y a un endroit qui qui conserve ça ?

Alors c'est une question excellente ! Excellente parce que c'est une véritable problématique. Je vais parler du bleu d'émulation. Comme l'a dit très justement notre Vénérable Maître dans son exposé le bleu ciel au départ et le bleu de Marie.

Les premiers règlements que l'on que l'on a eu, dans les premiers règlements est dit « sky blue » justement, c'est à dire bleu ciel, mais c'est très large « Sky blue », vraiment très large.

En fait, les premiers bleus Émulation étaient beaucoup plus proches de ce bleu-là [et là le frère Philippe montre un décor du Rite Français avec un bleu beaucoup plus soutenu], et ce n’est pas pour rien d'ailleurs, parce que c'est un décor français et donc cela a une ascendance moderne, donc très ancienne, bien plus ancienne que ne l’est Émulation qui est un rite de type ancien, alors que ça, c'est un. rite moderne.

Cette couleur a progressivement, de par les fabricants de décors, et vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point les fabricants de décors ont pu influer sur les décors que nous utilisons aujourd'hui. Et c'est encore pire maintenant parce que comme ils ont fait en Chine, ce sont des Chinois qui font les symboles et qu’ils n’y comprennent absolument rien et donc on se retrouve avec des trucs absolument hallucinants. On en est même à devoir expliquer aux frères que normalement telle chose doit être un soleil et non pas une étoile, mais bon, ça a été fabriqué comme ça parce qu’il n’a rien compris. Bref… donc le bleu était plutôt celui-ci là. [le bleu plus soutenu]

Et puis petit à petit parce que c'est quand même plus simple de pas avoir 50000 références. Eh bien on est arrivé à celui-ci que l'on peut partager avec plein d'autres rite, n'est-ce pas ?

Voilà alors ce qui est extraordinaire, c'est que les règlements de la Grande Loge en Angleterre ont changé.

Le terme donné a été non plus « sky blue » mais « lighter blue », c'est-à-dire un bleu léger, et ce qui laisse la possibilité aux uns comme aux autres de porter parfois de teinte un peu différente.

Alors après la problématique, c'est quoi ? C'est celle de « je veux être comme mon copain qu'il est à côté de moi et je veux avoir le même décor, autrement, même si j'ai raison, je je risque d'avoir tort », n'est ce pas ?

Voilà donc pour le bleu, et pour les couleurs en général, on ne peut pas dire qu'il y a un Pantone, il n’y a pas de Pantone même pour ce rouge-là, on va dire c'est rouge, et là c’est light blue, c'est-à-dire un bleu léger, mais qui va depuis cette teinte jusqu'à celle-là.

Voilà, et c'est pour ça que parfois on voit dans la même loge des couleurs assez différentes. Je pense que cela n’est pas très grave.

Q : Mon frère, pourriez-vous nous nous parler éventuellement du fait que l’on a quelquefois entendu dire que la couleur des tabliers de maçon venait des couleurs qui étaient données aux tailleurs de pierres opératifs.

Qu'est-ce que vous pouvez préciser s'il vous plaît ?

Oui, à l'époque ancienne, c'est-à-dire à l'époque, avant que la franc maçonnerie soit organisée comme elle, les tailleurs de pierre en fonction de leur qualité, c'est à dire ceux qui taillaient de la bière oblongue par exemple, n'avaient pas la même qualité et ceux qui taillaient une pierre d'angle, ou même une clé de voûte, ou encore un imagier, et donc pour les distinguer, ils avaient sur leurs tabliers des barrettes de couleur.

Je n'ai jamais entendu parler de ça, mais je n'y crois pas.

Je me répète, voilà le tablier du maçon, il est là et pour un opératif, on n'allait dans le détail. Il faut voir comment c’était utilisé et aujourd'hui encore, on ne va pas se prendre la tête à faire des jolies petites broderies et tout, non, on le découpe à peine et voilà : il est comme ça, il est mis là et puis voilà. Je suis dubitatif sur le fait que on ait donné des couleurs comme on aurait donné au judo des premières dan, des deuxièmes dan, etc …

Je n'ai pas entendu parler de ça et mais j'y crois peu. Je n’ai jamais vu de gravure en tous les cas, je n’ai jamais vu de texte qui parle de ça. En tous les cas dans la tradition maçonnique qui est la nôtre.

La tradition maçonnique qui est la nôtre, elle est anglaise, mais pour nous qui pratiquons Émulation, mais vous qui pratiquez le REAA et vous qui pratiquez le Rite Français, historiquement nous provenons tous de cette souche-là, et nous ne pouvons pas la renier. C’est une souche anglaise, de codification anglaise, avec une ascendance Ecosso-irlandaise, on va dire, donc c'est de celle-là dont il dont il s'agit. Maintenant qu'il y ait eu peut-être des traditions en France, ou dans les Flandres en 1342, sur le fait qu'on donnait des couleurs aux tabliers, peut-être, c'est peut-être possible, mais il ne s'agit pas de notre tradition, donc on ne peut pas les mélanger. C'est ça ce que je veux dire, on ne peut pas les mélanger.

Si on veut comprendre ce qu'on est en train de faire, il faut faire avec ce que l'on a et bien, et il faut, si on veut remonter en arrière, et bien il faut remonter en arrière sur l'Angleterre et sur l'Écosse, et ça que cela nous plaise ou pas. C'est comme ça.

Q : D'où viennent les rosettes ?

R : Aucun intérêt. Purement décorative, voilà, c'est purement décoratif.

Q : Est-ce l’on évolue aujourd’hui dans les décors où est-ce que cela a tendance à rester figé ?

R : On évolue vers le pire, on évolue vers le pire dans la mesure où effectivement il est bien dit dans les règlements... alors voilà un autre, un autre élément qui a qui a dû être rajouté dans les règlements anglais, c'est que normalement, la peau qui doit être utilisé c'est de l'agneau, et il n’y a pas d'autres choses. C'est de l'agneau et on a aujourd'hui des trucs qui ne sont plus en agneau. Et donc cela ne va pas s’arranger et ça va être encore pire que cela, parce que l’on a des tabliers qui pour la plupart sont fait avec ce qu'ils appellent du « lambine » ou des trucs comme ça, mais c'est simplement du plastique. Et ceux là-même qui vous disent que c'est de l'agneau, et bien ce n'est pas de l'agneau. Certains vous disent que c'est du cuir. Bon, souvent c'est du cuir qui est reconstitué, c’est fait en rouleau comme ça. Et ceux qui vous disent que c'est de l'agneau, et bien ce n’est pas de l’agneau.

Et je peux vous expliquer pourquoi ce n'est pas de l'agneau.

Pourquoi ce n’est pas de l’agneau ? Parce qu'il y a plusieurs sources possibles d'agneaux qui sont soit de l'agneau français, et alors c'est assez simple, la peau d'agneau comme ça, dans lequel on fait 2 tabliers, pas plus elle coût e plus de 120€ à l'acheteur. Donc faites le calcul, ça va faire 60€ pour uniquement pour un bout, et donc ce n’est même pas la peine d'en parler, ce n’est pas de l'agneau français.

Alors ce serait de l'agneau chinois puisque c'est fait en Chine ?

Les agneaux chinois ne sont pas très connus ! On connaît le porc laqué, le canard laqué et d’autres spécialités faites avec de la viande, mais pas vraiment d’agneau, et pourtant paradoxalement ils sont de très grand producteur de moutons. C’est le plus grand producteur de mouton au monde, mais l’agneau chinois lui est plutôt consommé dans les zones musulmanes du Xinjiang, qui sont aussi les zones pastorales du mouton. C’est très rural comme région, c’est le territoire ouïghoure et l’agneau y est plutôt destiné à une consommation locale. C’est de plus très éloigné des régions industrielles. Donc si on trouve une grosse production chinoise de moutons, ce ne sont pas malgré tout des spécialistes de l'agneau, et c’est pour cela que l’on n’en trouve pas vraiment en Chine ou du moins pour l’usage qui nous intéresse. C'est aussi ce qui explique que les décors que l’on trouve sur les sites marchands chinois sont fait en plastique.

Alors après il y a le Pakistan, qui effectivement fait beaucoup d’agneau. Mais le problème c'est qu’au Pakistan, s’il y a des agneaux, au Pakistan le mot « lamb » veut dire petit, et « lambskin », ça ne veut pas dire peau d'agneau. Ça veut plutôt dire petite peau et ce qui fait qu'on pourra avoir un « elephant lambskin », c'est-à-dire une petite peau éléphant.

Ce qui fait que la plupart des marchands français qui s'approvisionnent auprès des vendeurs de décors du Pakistan, et bien c'est n’est pas du tout l'agneau qu'ils vous proposent quand ils disent que c’est de la peau, c'est de la bique.

Pour les mieux informés, ils le savent et ils ne veulent pas en entendre parler et pour les moins informés, ils se font avoir à chaque fois qu'ils en achètent.

C'est tout simple, mais la réalité est celle-ci, puisque la réalité est qu’il n’y a pas ou quasiment pas d'agneau tel que l’on en a besoin au Pakistan.

Pourquoi ?

Simplement parce qu’une peau d’agneau comme celle-ci, pour qu'elle soit réellement utilisable pour faire un tablier, c’est vraiment très compliqué.

Vous voyez celle-ci, là il a un accroc, ici à cet endroit. Les moutons, et donc les agneaux, vivent dans des endroits où il y a des ronces, des épines, des roches, et les agneaux que l'on utilise pour fabriquer les tabliers, mais aussi pour la décoration haut de gamme, ne sont pas ceux que l'on mange. Ceux que l'on mange, ils vivent dehors dans des parcelles avec des fils de fer barbelés, avec des ronces et des épines dans lesquels ils vont s’accrocher et la blessure va marquer la peau. Elle est inutilisable.

Voilà pourquoi je mets au défi, et je dis bien, je mets au défi à ce que l'on m'apporte un tablier, à part dans un endroit que je connais et connu des seuls frères [le frère étant lui-même fabricant de décors, il a sa propre production et sa propre tannerie pour une fabrication haut de gamme], je mets donc au défi quelqu'un de m'apporter un tablier en véritable peau d’agneau.

Je le sais et j'en ai acheté quelques-uns pour vérifier, j'ai bien regardé et ce n’est pas de l’agneau.

Q : Est-ce qu'il y avait au 18e siècle au dos du tablier des inscriptions comme le nom ou comme des choses, ou on ne sait pas parce qu’il y a le devant, mais est-ce que dessous on écrivait son nom ? On écrivait quelque chose ?

R : Bien sûr, vous pouvez bien-sûr le faire et cela se fait de très tôt de mettre son nom.

Et d’ailleurs une des raisons assez étonnantes pour lesquelles on mettait souvent son nom, c’était pour la transmission, et donc non pas seulement pour la propriété de l’objet, dans le cas où on le perdrait, et dans un tel cas quelqu’un va me le rendre, mais aussi parce que on y ajoutait le fait de pouvoir le transmettre.

Q : Est-ce que quand le maçon mourait, on l'enterrait avec son tablier ? Est-ce que c'était une tradition ou est-ce que l’on ne sait pas ?

R : Je ne sais pas.

J'ai enterré mon parrain avec son tablier, mais c'est la seule chose que je connais sur le sujet.

Q : Une question concernant les décors de Grande Loge ou dans certaines Loges, d’où cela vient et à quoi servent-elle ?

R : C'est assez simple, autrefois les gants étaient beaucoup plus longs. Voilà simplement, et c'est devenu un élément décoratif que l'on a séparé du gant et c'est devenu décoratif et c’est le seul objet : décoratif. Il n’y a aucune fonction symbolique derrière ça.

C’est décoratif, mais comme je le disais tout à l'heure, ça le fait tout de suite.

Donc voilà, on pourrait donc avoir des « gantlets » en cuir et en agneau pour le décors, et d'ailleurs dans certains Hauts-Grades, les frères portent des gants en cuir beaucoup plus haut, jusqu'ici, et ils sont décorés ici.

Q : Les gants sont apparus en même temps que les tabliers ?

R : Et bien les gants étaient faits pour tenir les pierres, et de la même manière, comme ce sont des gants de travails et encore de la même manière s’ils sont en agneau, ils sont blancs.

Mais je ne suis pas persuadé que les gants au départ étaient en agneau et je n'ai pas d'information là-dessus. Parce que l’agneau c’est quand même assez fragile et que dans tous les cas, s’ils avaient été faits en agneau alors ils étaient forcément à peu près blancs.

Mais voilà, au départ, ce sont des gants de travail.

Et puis après, comme pour toute chose, on peut y ajouter dessus des vecteurs symboliques qui sont forts, et qui existent quand même puisque l’un ne nie pas l'autre. Mais il faut seulement savoir d'où viennent les choses, et puis à quel moment on les charge dans ou de quelque chose. Et puis enfin, ne pas ne pas croire n’importe quoi, que pour tel ou telle chose que cela vient des mystères de Mithra ou des mystères japonais. C'est tout, et c’est un fait de dire que tout ça n'a rien à voir, puisque c'est une autre chose.

Maintenant, de savoir que cela existe ailleurs, c'est toujours très intéressant de pouvoir se dire qu'effectivement, en bout de course, nous portons de l'agneau avec toute la charge symbolique que cela peut avoir dans la dimension chrétienne. Mais malgré tout, il ne faut pas faut pas confondre ces éléments là et succomber à la tentation de se dire qu'il y a eu une intention à un moment donné. Il y a eu plusieurs intentions et au fur et à mesure, on a plutôt sélectionné celle-ci ou on a choisi celle autre, parce que cela pouvait avoir une valeur intéressante, donner un sens. Voilà, on leur a donné du sens, mais il n'y a pas eu à un moment donné une réflexion pour déterminer un seul sens et en faire une vérité.

C'est pour ça que c'est une ineptie aujourd'hui d'avoir des tabliers en plastiques et il faudra un jour que les que les maçons refusent cette espèce de paupérisation volontaire dans les décors du maçon d’aujourd'hui. Une paupérisation pour des raisons souvent économiques, parce que l’on ne distingue pas le sens des choses et puis une considération sociale qui veut que l’on ne soit pas ostentatoire. « Ostentatoire », c'est le mot dont on entend souvent parler, on ne veut pas être ostentatoire !

Mais alors cela veut dire quoi ?

Cela veut dire que dans deux siècles, quand on va aller dans les musées maçonniques, on pourra avoir quoi ? Des décors chinois partout ? Des décors en plastiques « Non-ostentatoires » ?

Je me souviens que quand j'ai acheté mon tablier Émulation, il y a donc 25 ans chez Toy à Londres, je l'avais payé à l'époque 2000 francs, c'est-à-dire 300€ aujourd’hui. C'était un prix tout à fait raisonnable pour l'époque. Mais aujourd’hui, si on met plus de 60€, on trouve que c'est cher. C’est ça la différence …

Alors effectivement, quand on paye ce prix-là on en a pour son argent, dans les deux sens.

Mais quand on regarde le mien 30 ans plus tard, et bien il est toujours beau.

Intervention : On l'entendrait bêler

R : Presque ! C’est vrai…